Depuis la fin février, les mois s’enchaînent et se ressemblent. La guerre au Moyen-Orient continue d’avoir cours et bien qu’un cessez-le-feu entre les Etats-Unis et l’Iran ait été décrété début avril, les négociations visant à la résolution du conflit et la réouverture complète du détroit d’Ormuz avancent à tâtons. En parallèle, les données économiques reflètent de plus en plus les conséquences économiques de ce conflit. L’évolution des rendements obligataires s’est par ailleurs avérée particulièrement volatile au cours du mois, au gré de l’avancée des négociations, des fluctuations des prix de l’énergie, mais aussi de celles des anticipations en matière de politique monétaire. C’est dans ce contexte que nombre de banques centrales se réuniront en juin, dont la BCE le 11 et la Fed le 17…
Florent Wabont, Economiste chez Ecofi
Après s’être établie à 3% sur un an en avril, l’inflation en zone Euro devrait de nouveau progresser en mai, au regard des premières données nationales disponibles. L’augmentation des prix de l’énergie continue d’en être le principal facteur explicatif, mais il convient toutefois de noter trois éléments. Premièrement, la transmission de la hausse des prix de l’énergie et de l’accroissement des tensions logistiques à l’ensemble des catégories de l’indice des prix reste pour le moment limitée. Une augmentation mécanique de l’inflation hors énergie et alimentation (située à 2,2% sur un an en avril) notamment en raison d’effets de base défavorables est néanmoins attendue en mai. Deuxièmement, l’enquête menée par la Commission Européenne a montré que la courbe des prix de vente anticipés par les entreprises s’est légèrement infléchie en mai, après avoir nettement progressé ces deux derniers mois. Ce phénomène est à mettre en perspective avec la baisse des cours du pétrole, mais aussi avec la possible difficulté pour les entreprises à répercuter intégralement la hausse des coûts des intrants auprès des consommateurs. Cet indicateur avancé, susceptible de précéder la dynamique inflationniste avec plusieurs mois d’avance, covarie toutefois avec l’inflation de manière inégale et non linéaire. Les résultats obtenus par ces enquêtes ne constituent ainsi qu’un élément parmi d’autres en vue d’appréhender le caractère transitoire ou plus persistant de ce choc d’offre. Troisièmement, bien que les indicateurs de sentiment économique et d’emploi se soient légèrement améliorés en mai, leur tendance reste orientée à la baisse. La confiance du consommateur a également légèrement rebondi, mais de manière inégale. En France, l’indicateur publié par l’INSEE se rapproche désormais des points bas connus au plus fort de la crise énergétique de 2022. La question de savoir si l’économie européenne, qui avait amorcé une phase de réaccélération conjoncturelle avant la guerre, puisse être durablement pénalisée reste suspendue à la durée du conflit, la réouverture du détroit d’Ormuz et à l’aboutissement des négociations.
Aux Etats-Unis, l’inflation mesurée par l’indice PCE (cible d’inflation de la Fed) est passée de 3,5% sur un an en mars à 3,8% en avril, et de 3,2 à 3,3% pour sa version hors énergie et alimentation. Comme nous l’avons mentionné (ici par exemple), le choc énergétique de la guerre en Iran vient aggraver un terrain déjà inflationniste. Les données d’activité envoient quant à elles des signaux contrastés. Les chiffres de l’emploi semblent se redresser et corroborent nos prévisions formulées l’an dernier concernant une réaccélération des métriques de l’emploi en milieu d’année 2026. Nous restons néanmoins prudents quant aux conséquences économiques négatives de la guerre en Iran, qui pourraient survenir avec un effet retardé. La deuxième estimation de la croissance du PIB pour le 1er trimestre a par ailleurs été révisée à la baisse, de 2% en rythme annualisé à 1,6%. Ce ralentissement tient davantage de l’augmentation de l’inflation liée à la politique commerciale américaine, de l’incertitude générée et de la faiblesse de l’emploi en 2025. A contrario, la bonne dynamique actuelle du secteur manufacturier, les dépenses d’investissements liées à l’intelligence artificielle et l’effet richesse associé pour les ménages, constituent encore des vents porteurs pour 2026.
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Par Florent Wabont, Economiste chez Ecofi
