« En 1985, le système péninsulaire ne disposait que d’une seule technologie renouvelable, l’hydroélectricité, alors qu’aujourd’hui, nous utilisons mieux toutes les sources disponibles, comme l’éolien et le solaire, et nous intégrons 98 % d’entre elles de manière fiable et sûre dans le système. » Beatriz Corredor, présidente de Redeia, la société mère de Red Eléctrica. 

2024 est une année record pour l’Espagne ! Red Eléctrica a enregistré une production renouvelable de 148 999 GWh, soit 10,3 % de plus que 2023, ce qui équivaut à 56,8 % du mix énergétique total. En augmentant sa capacité de production renouvelable installée, nos voisins transpyrénéens ont, de ce fait, accru leurs capacités énergétiques renouvelables. L’hydroélectricité représente désormais 13,3 % de son mix énergétique, l’éolien 24,9 % et le solaire 25,1 %. Concernant ce dernier chiffre, l’Espagne a d’ailleurs battu pour la 6ᵉ fois consécutive son record, faisant de cette technologie la leader du parc de production espagnol. Ce bond technologique et écologique a d’ailleurs entrainé une diminution des émissions d’équivalent CO2 liées à la production d’électricité, passant de 160,71 MtCO₂eq à 27 MtCO₂eq. La production d’EnR soulève ensuite la question de stockage. C’est pourquoi, pour la 1ʳᵉ fois, Red Eléctrica introduit des indicateurs de stockage d’énergie dans ses rapports annuels. Les résultats montrent qu’aujourd’hui l’Espagne possède 3 356 MW de capacité de stockage installée. Mais ce n’est pas tout ! La demande d’électricité ayant augmenté de 1,4 % en 2024 par rapport à 2023, le réseau électrique a été étendu au niveau national et international. En 2024, c’est plus de 480 km de nouvelles lignes qui ont été ajoutés, portant le total des lignes à haute tension à 45 674 km. Pour vous donner un ordre de grandeur, en 1985, l’Espagne comptait à peine 10 000 km de lignes. 

Le cadre réglementaire espagnol 

Pour répondre aux objectifs de neutralité carbone, l’Espagne a mis en place un cadre réglementaire favorable aux énergies renouvelables, via des tarifs d’achat garantis de gré à gré, des subventions et des incitations fiscales. Parmi les différentes lois qui promeuvent la transition énergétique, la loi 7/2021 prévoit des mesures d’encouragement du développement durable, comme le déploiement des infrastructures dédiées au stockage ou à l’autoconsommation. La loi 24/2013, le décret royal 436/2004 ou encore le décret royal 661/2007, quant à eux, stipulent l’importance de soutenir l’efficacité énergétique et les EnR. 

Des projets de lois ont également été établis pour faire face à l’inflation et protéger les consommateurs. Le décret-loi royal 12/2021 a été introduit en 2021 en ce sens. Jusqu’au 1ᵉʳ janvier 2025, il gelait la TVA à 10 % (au lieu de 21 %) et suspendait l’impôt sur la valeur de la production de l’énergie électrique (IVPEE). Le décret-loi royal 17/2021 réduisait de manière temporaire le taux de diverses taxes sur l’électricité pour faire face à l’augmentation des prix du gaz naturel sur les marchés de détail du gaz et de l’électricité. 

Objectifs et engagements climatiques 

Le PNIEC est un outil d’orientation stratégique nationale qui intègre la politique énergétique et climatique à l’horizon 2030, conformément aux réglementations nationales et européennes. En bref, il définit la feuille de route du pays ! Aligné sur les ambitions de l’Union européenne et du plan REPowerEU, il énonce les objectifs espagnols pour accélérer la transition énergétique vers un modèle plus durable, compétitif et décarboné. 

Pour atteindre l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050, l’Espagne vise des résultats spécifiques à horizon 2030 : 

  • diminuer de 32 % ses émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990 ; 
  • parvenir à 48 % d’EnR dans la consommation finale ; 
  • produire 81 % de l’électricité à partir de sources renouvelables ; 
  • réduire à 50 % la dépendance énergétique extérieure ; 
  • prévoir une puissance installée totale de 214 GW d’ici 2030, dont 160 GW renouvelables (76 GW de solaire photovoltaïque– contre 39 GW – et 62 GW d’éolien, dont 3 GW offshore) et 22,5 GW de capacités de stockage ; 
  • franchir le cap des 12 GW de capacité installée d’hydrogène vert… 

Engagée à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, l’Espagne projette une belle croissance des EnR dans les années à venir. Cette ambition ferait de la Péninsule ibérique un acteur mondial incontournable en matière de transition énergétique. 

Quel rôle jouent les communautés autonomes dans le déploiement du PNIEC ? 

En Espagne, les communautés autonomes jouent un rôle essentiel dans le déploiement du PNIEC. Le pouvoir étant décentralisé, de nombreuses compétences leur sont donc déléguées. Parmi leurs fonctions, elles se chargent de planifier l’aménagement du territoire et d’urbanisme. Par exemple, ce sont elles qui autorisent l’implantation d’infrastructures énergétiques. En parallèle, elles s’occupent de délivrer des autorisations et des évaluations environnementales pour les projets en deçà de 50 MW non priorisés par le système bancaire, dit classique. Les régions permettent donc aux développeurs de bénéficier d’un système plus adapté à la taille de leurs projets, en plus de profiter de subventions. Les communautés, via des appels à projets, encouragent les citoyens à participer au développement des énergies vertes. De plus, des critères sociaux sont progressivement intégrés dans les appels d’offres. L’objectif étant de favoriser les projets ayant un impact local positif. Cela va dans le sens de l’investissement responsable, qui valorise l’ancrage territorial.  

En bref, les communautés agissent comme un intermédiaire clé entre les développeurs et le pouvoir central. Elles constituent de véritables leviers en faveur du déploiement des objectifs du PNIEC !

 

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 Par Amélie Pansu, chargée de communication chez Groupe Enerfip

 

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