Depuis que l'Accord de Paris de 2015 a inscrit les engagements climatiques à l'agenda mondial, une nouvelle question intéressante s'est posée pour les investisseurs, décideurs politiques et universitaires : les entreprises vertes sont-elles plus performantes que leurs homologues brunes, fortement émettrices de gaz à effet de serre ? Si la comparaison entre le propre et le sale semble simple, elle cache une histoire financière étonnamment complexe sur les attentes, le risque, la politique et le prix du capital.
À première vue, l'idée semble logique. Si le monde se préoccupe de plus en plus du réchauffement climatique et commence à adopter les énergies propres, les entreprises à faible émission de carbone devraient bénéficier de meilleures perspectives de croissance. En effet, l'une des raisons pour lesquelles les actions vertes auraient pu surperformer les actions brunes est simple : les attentes en matière de bénéfices.
Les investisseurs ont peut-être sous-estimé la rapidité avec laquelle les technologies vertes allaient se développer et l'ampleur de l'évolution de la demande. Lorsque les prévisions de bénéfices ont été revues à la hausse, le prix des actions a augmenté en conséquence. Les entreprises brunes, comme les producteurs de pétrole, les mineurs de charbon et les gros émetteurs industriels, ont peut-être eu moins de bonnes surprises.
Examiner le coût du capital
Mais il existe un autre mécanisme, plus subtil, qui reçoit beaucoup moins d'attention en dehors des salles de classe : le coût du capital. Il s'agit essentiellement du rendement attendu par les investisseurs pour la détention d'actions d'une société. Si ce rendement attendu augmente, le prix de l'action baisse, même si les activités de l'entreprise restent inchangées.
Et c'est précisément là que la politique climatique entre en jeu. Lorsque les grands investisseurs institutionnels se désengagent des industries à forte consommation de combustibles fossiles, ils le justifient souvent non seulement par des raisons morales, mais aussi par le risque. Les entreprises à forte intensité carbone sont confrontées à une réglementation plus stricte, à des actifs bloqués, à une demande volatile et à des obligations futures.
Lorsque les grands investisseurs institutionnels se désengagent des industries à forte consommation de combustibles fossiles, ils le justifient souvent non seulement par des raisons morales, mais aussi par le risque
Ces risques signifient que les entreprises brunes devraient avoir un coût du capital plus élevé. Le désengagement des investisseurs fait baisser le prix des actions, ce qui accroît le rendement attendu.
En d'autres termes, les valeurs brunes peuvent être à la traîne simplement parce que le marché est moins enclin à les détenir, et pas nécessairement parce que leurs bénéfices sont décevants. Paradoxalement, une fois ce coût du capital plus élevé intégré, la théorie prédit l'effet inverse : les entreprises brunes devraient finalement obtenir des rendements plus élevés, compensant ainsi le risque climatique élevé qu'elles représentent pour les investisseurs. C'est ce que certains analystes appellent la prime de risque carbone.
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Par Thijs Markwat, Climate Data Scientist & Laurens Swinkels, Head of Solutions Research
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