Après les fortes remontées de taux en 2022 et 2023, qui ont renforcé la rentabilité des banques et des assurances tout en mettant sous pression leur liquidité – jusqu’à précipiter la chute spectaculaire de Credit Suisse – l’année 2024 a marqué un tournant pour le marché de la dette subordonnée financière. Le renforcement des bilans bancaires, couplé aux perspectives de baisses des taux, a ravivé l’intérêt des investisseurs pour ces instruments obligataires. Dans ce contexte plus apaisé, les flux entrants ont progressivement effacé les pertes des années précédentes, ouvrant la voie à un exercice 2025 qui s’annonce dynamique. 

2024, un très bon millesime

L’année 2024 a été particulièrement favorable à la dette subordonnée financière, qui a enregistré de so-lides performances à travers ses différents segments. Les Additional Tier 1 CoCos (AT1) hedgées en euros se sont distinguées avec une performance de 11,02 %1.

Plusieurs facteurs ont soutenu cette dynamique :

  • Des niveaux de portage attractifs qui ont séduit les investisseurs,

  • Une forte compression des spreads2.

Ces éléments ont permis aux investisseurs de retrouver une certaine sérénité et de revenir progressivement sur cette classe d’actifs, après deux années difficiles. 

Des fondamentaux solides et un marché résilient

Une solidité financière accrue pour les banques

Les banques européennes ont considérablement renforcé leurs ratios de capital en 2024, bien au-delà des exigences minimales fixées par la Banque Centrale Européenne (BCE). Les exigences de capital formulées aux banques par les régulateurs sont respectées avec des marges confortables. Avec un excédent de capital moyen de 400 à 500 points de base, les établissements disposent aujourd’hui d’une marge de manœuvre significative pour absorber les éventuels chocs de marché. En particulier, les banques du sud de l’Europe, telles que l’Italie, l’Espagne, la Grèce, et le Portugal, autrefois perçues comme vulnérables, sont aujourd’hui en meilleure posture :

  • Intesa Sanpaolo (Italie) affiche un ratio CET1 de 15,5%, avec un excès de capital supérieure à 600 points de base3.

  • Millennium BCP (Portugal) bénéficie d’une meilleure solidité financière et de spreads attractifs.

Un afflux de capitaux et un élargissement de la base d’investisseurs

Autre facteur favorable : la dynamique des flux d’investissement. En 2024, les fonds obligataires Investment Grade et High Yield ont bénéficié de flux entrants stables, consolidant le marché.

Un phénomène notable a également marqué l’année écoulée : l’élargissement de la base d’investisseurs. Après s’être massivement retirés suite à la crise de Credit Suisse, les investisseurs asiatiques reviennent sur les segments de niche, contribuant ainsi à diversifier la base d’investisseurs et à renforcer la liquidité du marché. De même, les fonds américains de Preferred Shares connaissent une collecte importante et augmentent leur détention d’AT1.

Des facteurs techniques favorables 

Sur le plan technique, plusieurs tendances renforcent la confiance des investisseurs :

  • Les options de rappel4 sont majoritairement exercées : les cas de non-remboursement des AT1 à leur date de call sont devenus très rares.

  • Le préfinancement des émissions 2025 est bien avancé, garantissant une fluidité du marché.

Ces deux effets créent un cercle vertueux où le niveau de marge de crédit permet un refinancement « économique » des options de rappel.

 

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Par Julien DE SAUSSURE, Benjamine NICKLAUS, Miguel RAMINHOS, Gérants Dette subordonnée financière, Edmond de Rothschild Asset Management (France)

 

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