La Banque Centrale Européenne (BCE) semble avoir atteint son point d’équilibre, les scénarios de marché intègrent une longue phase de stabilité des taux et l’inflation se rapproche durablement des 2 % en zone Euro.  

Daniel BERNARDODaniel BERNARDO,
Co-responsable de la gestion monétaire Ofi Invest AM

Nous avons aujourd’hui une bonne visibilité sur l’action de la BCE. Nos scénarios n’anticipent donc plus de mouvements sur les taux à très court terme en 2026. Le cycle de baisse par seuil de 25 points de base s’est achevé début juin 2025 ; depuis lors, c’est le statu quo. 
Cela oriente notre gestion monétaire vers un scénario de stabilité des taux, en phase avec les perspectives actuelles du marché.  
Tout comme la BCE qui reste « data-dépendante », nous sommes toutefois attentifs à l’évolution des données car l’environnement reste volatil. L’environnement en apparence apaisé masque en effet des défis de taille : tensions commerciales, manque de lisibilité de la politique tarifaire américaine, contexte géopolitique très fragile, désalignement croissant des grandes Banques Centrales, incertitudes politiques en France et en Europe, questionnements sur la soutenabilité des dettes publiques. Ainsi, en 2026, les mêmes problématiques qu’en 2025 demeurent. La présidence de Donald Trump ne fait que débuter, cela impose donc - selon nous - un suivi très fin des données économiques.  
En pratique, si les taux se stabilisent, les fonds monétaires devraient maintenir des rendements aux alentours de 2,15 %. 

COMMENT LA GESTION MONÉTAIRE D’OFI INVEST AM SE CONSTRUIT-ELLE ? 

Dans la construction d’un fonds monétaire, l’allocation géographique est majoritairement en France au-delà de 50 % pour diverses raisons comme la profondeur statistique en BDF (Banque de France) et la liquidité plus forte, le reste des investissements se situe en zone Euro et dans les pays membres de l’OCDE. L’exposition directe aux États-Unis est très faible (1 %/2 %).  
Nous observons tout de même particulièrement l’évolution de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed) car elle peut influencer la BCE, mais cela n’intervient pas directement dans la gestion de nos investissements au quotidien. La trésorerie que nous gérons est en euro.  
En termes de type d’émissions, les fonds monétaires suivent généralement la structure du marché. Selon les données de la Banque de France : 60 %/70 % des émissions sur les segments courts de la courbe proviennent du secteur bancaire ; 15 %/20 % des corporates ; et 6 %/10 % des émetteurs parapublics. 

Les rendements du secteur bancaire au coeur de la performance 

Les rendements offerts par le secteur bancaire déterminent donc une grande partie de la performance des fonds. Quand un fonds présente une répartition géographique avec plus de 50 % France, cela reflète surtout le poids des bancaires françaises. Malgré les tensions politiques, le spread à un an s’est maintenu autour d’€STR + 30 points de base environ, et cela depuis décembre 2023. Il n’y a pas eu d’écartement notable alors que nous aurions pu le craindre au regard des difficultés et des évolutions défavorables des notations de la France. Cette absence de tension soutient les rendements des fonds monétaires. 
En pratique, nous intervenons sur le secteur bancaire surtout sur des maturités autour de 1 an, moins sur le segment 1-3 mois. Les banques émettent sur des maturités très courtes (1 à 3 jours) et longues (supérieures à 200 jours). Les corporates se situent plutôt entre 10 et 100 jours. Les papiers très courts (overnight/Tom-Next) assurent la liquidité quotidienne des fonds, les maturités plus longues apportent le rendement. 
Rappelons-nous que même pendant la période Covid, les banques françaises sont restées présentes : les fourchettes (bid/ask) se sont écartées pendant les périodes de stress, mais les trésoreries bancaires ont toujours répondu « présentes ». Nous maintenons, sur chaque fonds monétaire court terme ou standard, une poche obligataire plus ou moins importante car, en période de stress, nous constatons que parfois la liquidité sur l’obligataire est meilleure que celle de certains titres monétaires. Certaines lignes corporate ont des encours enregistrés en BDF assez faibles (compris entre 200 et 400 millions d’euros), les cessions de ce type d’émetteurs peuvent être plus difficiles en période de stress. Les émissions obligataires peuvent être de l’ordre de 2 milliards d’euros, les ventes sont donc plus aisées. Si la prime est de plusieurs points de base en faveur de l’obligataire, nous allongeons la maturité pour capter cette liquidité et ce rendement potentiels.

Par Daniel Bernardo, Co-responsable de la gestion monétaire chez Ofi Invest Asset Management

 

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