Que retenir de l'actualité de marché du 03 mars 2026 ? Réponses avec le décryptage de Sebastian Paris Horvitz.
Vue d'ensemble
► Ce week-end, les États-Unis et Israël ont décidé unilatéralement d’entrer en guerre contre l’Iran. Dès les premières heures du conflit, des attaques ciblées et des bombardements ont entraîné la mort d’Ali Khamenei, guide suprême et président du pays. Plusieurs autres dirigeants ont également été tués.
►Un nouveau leadership est déjà en place en Iran. Le pays a lancé une riposte visant non seulement les forces américaines dans la région et Israël, mais aussi plusieurs alliés des États‑Unis, dont l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït et Oman.
►Les objectifs du président Trump dans cette guerre ne semblent pas totalement clairs. Même si l’arrêt du programme nucléaire iranien reste une exigence, il semble désormais viser un changement de régime.
► Par ailleurs, dans ses dernières déclarations, D. Trump n’excluait plus d’envoyer des troupes au sol pour garantir qu’un changement de régime ait bien lieu. Une décision qui irait à l’encontre de ses promesses de campagne et fragiliserait encore davantage le Parti républicain lors des élections législatives de mi‑mandat en novembre prochain.
►Malgré la supériorité militaire des États-Unis et d’Israël, l’issue de cette guerre reste très incertaine, tout comme le chemin pour y mettre fin. On sait que toutes les guerres finissent un jour, mais leur durée et les dégâts qu’elles causent sont des éléments essentiels pour mesurer leurs conséquences sur l’économie mondiale et les marchés.
►Dans le contexte actuel, l’enjeu principal est l’impact de cette guerre sur l’évolution des prix du pétrole et du gaz. Pour l’instant, le baril de Brent a augmenté de moins de 10 dollars, pour atteindre 80 dollars, depuis le début des hostilités. Il faut préciser que le marché avait déjà intégré une prime d’environ 5 dollars en raison de la montée des tensions avec l’Iran ces dernières semaines.
Par ailleurs, l’arrêt des exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) décidé par le Qatar en réaction au conflit exerce une forte pression haussière sur les prix du gaz en Europe.
►Néanmoins, ces hausses restent relativement limitées et ne semblent pas intégrer de risques extrêmes. Le marché paraît privilégier l’hypothèse d’un conflit court, permettant un retour à une situation proche de celle d’avant-guerre dans les mois à venir.
►À ce stade, nous privilégions ce scénario avec une probabilité supérieure à 50 % : un conflit court, sans embrasement régional. Dans ce cas, le prix du baril de Brent pourrait revenir à 70 dollars, voire moins. L’impact sur la croissance mondiale resterait alors limité.
►Les scénarios alternatifs dépendraient surtout de la durée du conflit et de son impact sur l’offre de pétrole. Une quasi‑fermeture du détroit d’Ormuz — par lequel transite près de 20 % de la production mondiale, soit environ 20 millions de barils par jour — pourrait faire monter le prix du baril autour de 100 dollars. Un blocage total, accompagné de dégradations des infrastructures de production, provoquerait un choc pétrolier majeur et pourrait pousser les prix au‑delà de 130 dollars, entraînant très probablement une récession mondiale.
►Sur les marchés, les taux d’intérêt à long terme se sont tendus. Ce mouvement reflète à la fois l’effet inflationniste de la hausse du pétrole et les inquiétudes liées à une possible détérioration des finances publiques, notamment en raison d’éventuelles dépenses militaires plus élevées. Les taux longs américains ont ainsi gagné plus de 10 points de base.
Pour l’instant, le risque de récession lié à un choc pétrolier ne semble pas intégré dans les prix.
Du côté des actions, en Europe, la forte hausse des prix de l’énergie — en particulier du gaz — et l’augmentation des taux longs ont provoqué une nette baisse des marchés. Aux États‑Unis, les indices ont mieux résisté, soutenus par la progression des valeurs énergétiques et de défense.
►La prudence reste de mise à court terme dans l’allocation d’actifs, compte tenu de la forte incertitude provoquée par cette guerre. Néanmoins, dans le scénario que nous privilégions — celui d’un conflit relativement court et d’une croissance mondiale qui se maintient — les marchés devraient se stabiliser puis regagner du terrain.
►L’ampleur de l’impact du choc dépend aussi de la dynamique actuelle des économies. À cet égard, les enquêtes PMI finales de S&P pour le mois de février montrent une conjoncture plutôt favorable, laissant penser qu’un choc pétrolier modéré et de courte durée pourrait être absorbé. Pour la zone euro en particulier, l’activité industrielle se maintient dans les principaux pays, tous évoluant en territoire d’expansion.
►Aux États‑Unis, l’indicateur ISM du secteur manufacturier est resté relativement solide en février, malgré un léger recul par rapport au mois précédent. L’activité reste portée par une demande robuste, avec des nouvelles commandes toujours élevées. En revanche, même si la situation s’améliore légèrement, les embauches demeurent faibles, tandis que les coûts des intrants progressent fortement sur le mois.
Pour aller plus loin
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La guerre unilatérale contre l’Iran engagée par les États-Unis et Israël plonge l’économie mondiale dans une forte incertitude. Selon les informations disponibles, l’affaiblissement du régime iranien a été perçu par Washington et Tel‑Aviv comme une opportunité pour attaquer l’État islamique iranien. Les négociations alors en cours entre l’Iran et les États-Unis ont été brutalement interrompues, ouvrant la voie au déclenchement du conflit.
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