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Ces dernières semaines, la quasi-totalité de l’attention des acteurs des marchés financiers s’est focalisée sur le conflit au Moyen-Orient, avec en point d’orgue l’état des flux commerciaux dans le détroit d’Ormuz. En effet, ce dernier est un point de passage clé pour le trafic maritime. 20% de l’offre de pétrole mondiale, à destination de la Chine principalement, y transite chaque année. Depuis le début du conflit, l’offre globale de pétrole a été réduite de près de 12 millions de barils par jour soit deux à trois fois plus que pendant les deux précédentes guerres du Golfe ou les deux derniers chocs pétroliers. Le blocage de ce détroit fait monter les prix du pétrole, qui dopent à leur tour les anticipations d’inflation, ce qui modifie les attentes de politique monétaire des banques centrales et impacte les perspectives de croissance mondiale.

Même si Donald Trump se targue d’avoir anéanti la quasi-totalité des capacités militaires de l’Iran, la sécurisation du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz semble être plus compliquée, soulignant la capacité de nuisance de l’Iran même avec de faibles moyens. Qui plus est, le marché comptait jusqu’à présent sur l’effet « TACO » (Trump Always Chickens Out), en référence à la tendance passée de Donald Trump à faire volte-face dès que ses décisions politiques avaient des répercussions négatives sur les marchés (tarifs douaniers, épisode du Groenland, etc.). Or cette fois-ci, le marché semble prendre conscience que Trump ne peut pas décider unilatéralement de la fin du conflit, et à l’heure qu’il est, l’Iran ne semble pas sur le point de capituler. Cette prise de conscience alimente les craintes des investisseurs.

Pétrole, inflation et banques centrales : les marchés scrutent la situation du détroit d’Ormuz

Certes, le monde est bien moins dépendant du pétrole actuellement que lors du choc pétrolier de 1973, la quantité de pétrole nécessaire à la génération d’un point de PIB étant au moins deux fois inférieure qu’à cette époque grâce à l’amélioration de l’efficience énergétique et à la diversification vers d’autres sources d’énergies, mais aussi à la baisse des activités industrielles. Le pétrole représentait 46% de la demande énergétique dans les années 70 alors qu’il n’en représente plus « que » 29%. De plus, contrairement aux précédents épisodes de chocs pétroliers, les membres de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) disposent théoriquement de réserves stratégiques équivalentes à 90 jours d’importation, ce qui pourrait limiter quelque peu le risque de disruption à court terme, mais probablement pas l’impact sur les prix. Bien qu’un prix du pétrole plus élevé plus longtemps pourrait impacter l’inflation américaine, les États-Unis, actuellement exportateurs nets de pétrole, bénéficient également de cette situation. L’Europe est quant à elle beaucoup plus vulnérable, bien qu’elle ne soit plus dépendante qu’à 40% du pétrole du Moyen-Orient, contre 70% il y a cinquante ans.

Sur les marchés actions, les conflits ont tendance à produire le même impact : lors des huit derniers conflits géopolitiques majeurs depuis 1945, la baisse moyenne du S&P 500 a été de 9% et il lui a fallu en moyenne à peine trois mois pour recouvrer ses pertes. Ceci est dû au fait que le marché opère un rebond dès qu’une désescalade se profile, et continue de progresser après proclamation d’un cessez-le-feu. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, force est de constater qu’au-delà d’une volatilité importante et d’une hausse des prix du pétrole, la réaction des marchés actions est pour l’instant encore relativement modérée avec une baisse du S&P 500 de 4% depuis son pic. Elle est cependant un peu plus marquée en Europe et dans les pays émergents, avec une chute de 5.5% de l’Eurostoxx 600 et de 8.5% du MSCI Emerging markets. Le marché guette les signes de désescalade, qui restent toutefois encore difficiles à discerner à ce stade.

 

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Par Nicolas Bickel Group Head of Investment Private Banking ‌

 

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