L'Europe accélère son réarmement et redéfinit sa stratégie industrielle. Pour Henri Marcoux, directeur général adjoint de Tikehau Capital, cette rupture de paradigme ouvre une nouvelle ère d'investissements dans la défense et la sécurité. Une transformation majeure que le groupe a anticipée dès 2018 et qui s'accompagne désormais d'offres accessibles aux investisseurs particuliers.

Henri MarcouxCommençons par le contexte global. Quel est votre regard sur l'environnement géopolitique actuel ? 

L'environnement a changé à plusieurs égards. Nous avons quitté une forme de stabilité construite autour du bilatéralisme, du soutien de l'OTAN et des États-Unis. Si le début de cette rupture remonte à 2022 avec le conflit russo-ukrainien, il serait réducteur de ne parler que de cela. Nous faisons face à des tensions avec la Russie, mais aussi avec le Moyen-Orient, la Chine, et désormais les États-Unis, depuis le retour de Donald Trump à la Présidence.
Tout cela a mis en lumière une question centrale : l'Europe dispose-t-elle encore d'une véritable capacité réelle de dissuasion ? Si la France a mis en place sa propre dissuasion nucléaire dès 1964, l'enjeu dépasse aujourd'hui largement les frontières de l'Hexagone. C'est la souveraineté collective de l'Union européenne qui est en question. L'attitude américaine depuis le début de l'année 2025 a en outre amplifié cette prise de conscience. Il s'agit avant tout d'un changement structurel. Un changement de paradigme. 

Comment cette prise de conscience se traduit-elle dans les budgets et les décisions européennes ?

Si l'Europe a souvent été pointée du doigt pour sa lenteur, sa réponse récente a été à la fois rapide et significative. Présenté dès mars 2025, le plan ReArm Europe/Readiness 2030 s'impose comme le programme de dépenses le plus emblématique de la nouvelle Commission. Il prévoit en effet de débloquer 800 milliards d'euros de financements dans la défense d'ici 2029. À cela s'ajoutent des initiatives nationales. L'Allemagne a par exemple annoncé dès 2022 un plan de modernisation de l'armée et a facilité l'assouplissement des règles de discipline budgétaire. Les pays européens de l'OTAN ont revu à la hausse leurs ambitions en matière de dépenses de défense. En 2018, ils n'y consacraient qu'1,5 % de leur PIB, soit 268 milliards d'euros, peinant ainsi à atteindre l'objectif de 2 % fixé par l'organisation. Désormais, ils visent 3 % à l'horizon 2030, ce qui représenterait près de 600 milliards d'euros de dépenses. Un saut considérable.

Dans quelle mesure ces décisions renforcent-elles la pertinence du secteur de la défense pour les investisseurs ?

Ce secteur est attractif pour un investisseur, car il bénéficie de budgets massifs mais aussi d'une grande visibilité et prévisibilité. Cela se confirme lorsqu'on observe les carnets de commandes. Prenons le Rafale par exemple. Près de 25 appareils ont été produits l'an dernier et aujourd'hui, près de 250 sont en commande, ce qui représente 10 années de production déjà sécurisées. L'enjeu de souveraineté européenne revient sur le devant de la scène. Il faut savoir qu'en 2024, seulement 18 % du budget de défense européen a été investi dans des entreprises européennes, le reste étant principalement consacré à des achats américains. Cette part ne va faire qu'augmenter, notamment grâce à l'impulsion du nouvel instrument financier SAFE, prévu dans le cadre de ReArm Europe, qui exige qu'au moins 65 % de la valeur financée soit d'origine européenne. Il y a un changement clair, avec un enjeu de réindustrialisation important sur le Vieux Continent, qui offre ainsi de nouvelles opportunités pour les investisseurs.

En quoi la « dualité » du secteur entre défense et aviation est un élément positif pour un investisseur ?

Le secteur de la défense dépend historiquement des budgets publics, ce qui peut être perçu comme un risque. Cependant, une grande partie des technologies, des compétences et des chaînes industrielles sont duales : elles servent à la fois les marchés militaires et civils. Pour un investisseur, cela signifie qu'il y existe deux moteurs structurels qui tirent les mêmes chaînes de valeur. Par exemple, les pièces produites par Mécachrome, dont nous sommes actionnaires, se retrouvent aussi bien sur un Airbus A330 commercial que sur un A330 ravitailleur d'avions militaires. Finalement, cette dualité permet de sécuriser le modèle économique et diversifie les sources de revenus. Il faut également noter que l'aviation civile a des fondamentaux solides : le trafic passagers est désormais supérieur au niveau pré-Covid, porté par l'Asie et les États-Unis, ce qui se traduit par une augmentation des prises de commandes. Airbus estime que la flotte mondiale devrait passer de 25 000 avions à près de 50 000 dans les 20 prochaines années, avec d'importants enjeux de renouvellement. Nous pouvons être fiers des entreprises présentes sur le continent, nous avons de véritables champions européens sur l'ensemble de ces thématiques. L'enjeu est désormais de savoir si les entreprises parviendront à livrer leurs produits dans les temps et à suivre la cadence.

Comment Tikehau Capital s'est organisé pour adresser le marché ?

Tikehau Capital s'est intéressé au secteur dès 2018. Nous avons constitué une équipe d'investissement d'une trentaine de personnes spécialisées en aéronautique et défense, et réuni une vingtaine d'« operating partners ». Nous avons noué des partenariats structurants avec des entreprises telles que Airbus, Safran, Thales et Dassault Aviation, et construit un écosystème avec des acteurs majeurs du secteur comme la Direction Générale de l'Armement ou encore l'Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d'Information. Pour investir efficacement, il faut être « bilingue », c'est-à-dire comprendre à la fois les enjeux financiers et ceux du secteur industriel de la défense. Nous avons également mobilisé des moyens financiers importants : près de 500 millions d'euros de notre bilan, soit 10 % de celui-ci, ont été investis. L'historique de Tikehau Capital est déjà conséquent, avec près de 2,5 milliards d'euros d'encours sous gestion dans des stratégies liées à la défense, finançant une trentaine de sociétés du secteur, représentant un total de 20 000 salariés et plus de trois milliards de chiffre d'affaires. 

Vous avez lancé des solutions accessibles aux particuliers, quel est l'objectif ? 

La défense et la souveraineté européennes s'imposent comme des enjeux stratégiques de premier ordre pour l'épargne des Français, et chaque investisseur peut trouver une solution adaptée. Depuis 2018, nous avons lancé des produits à destination des institutionnels et nous souhaitions offrir la possibilité aux clients particuliers d'investir également. Dans ce contexte, nous avons lancé trois initiatives. 

La première concerne l'aéronautique et la défense, avec Tikehau Aéro Partenaires II Feeder. Ce fonds professionnel spécialisé (FPS), nourricier du deuxième millésime de notre stratégie institutionnelle, est accessible depuis le mois de juin 2025 aux particuliers en direct via Opale Capital, notre plateforme dédiée à la distribution d'actifs privés. Si le premier ticket d'investissement est de minimum 100 000 euros, il est de 30 000 euros pour les suivants. Ensuite, nous avons lancé fin 2023 le fonds Tikehau European Sovereignty Fund, investi dans une quarantaine de grandes valeurs européennes identifiées comme cruciales en matière de souveraineté. Celui-ci est éligible au PEA. 

Enfin, nous avons structuré une unité de compte, Tikehau Défense & Sécurité, accessible depuis juillet 2025 avec un montant minimum de quelques milliers d'euros, le seuil étant fixé par l'assureur. Cette nouvelle unité de compte est distribuée en exclusivité auprès de Société Générale Assurance, CNP Assurance et la CARAC.

De quoi se compose l'unité de compte Tikehau Défense & Sécurité ? 

L'unité de compte Tikehau Défense & Sécurité investit dans des entreprises européennes spécialisées dans l'aéronautique, la défense et la cybersécurité. Le produit s'appuie sur trois piliers : il consacre 70 % de ses actifs au capital d'entreprises européennes (private equity) de l'aéronautique, de la défense et de la cybersécurité, 20 % à des prêts privés accordés à ces sociétés (« dette privée »), et conserve 10 % en liquidités. Cette structure vise à conjuguer potentiel de croissance et stabilité. La part investie en capital permet de soutenir le développement d'acteurs stratégiques, tandis que la poche dédiée à la dette privée offre une source de rendement plus régulière. Enfin, la réserve de liquidités assure une certaine flexibilité. Particularité : l'unité de compte peut aussi investir dans le « secondaire », c'est-à-dire racheter des parts de fonds déjà constitués et investis, une façon d'accéder à des sociétés matures et de diversifier davantage le portefeuille. La durée de placement recommandée est d'au moins cinq ans, avec un objectif de rendement annuel net de 8,25 % (Part Rbis - non garanti).


Source : Publications OTAN 2025. 

Tout investissement comporte des risques, y compris le risque de perte en capital. Les informations fournis dans cet article sont de nature publicitaire et ne se substituent pas à la documentation légale des fonds présentés, gérés par Tikehau Investment Management, la principale société de gestion d’actifs du groupe Tikehau Capital. Les principaux risques des fonds Tikehau Défense et Sécurité, Tikehau Aero Partenaires II Feeder et Tikehau European Sovereignty Fund sont le risque de perte en capital, le risque actions, le risque de liquidité, le risque inhérent à tout investissement en actions ou quasi-actions, le risque d’investissement minoritaires et le risque de performance.

 

  

 

 

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