La guerre en Iran, débutée fin février, entame cette semaine son deuxième mois. La perspective d’un conflit de courte durée (4 à 6 semaines) semble ainsi s’éloigner peu à peu et certains indicateurs économiques publiés la semaine dernière reflètent d’ores et déjà les craintes des entreprises et des ménages de voir le conflit s’installer. En parallèle, les banques centrales internationales intègrent de nouveaux éléments de langage dans leurs discours, sans pour autant s’opposer aux anticipations de hausses de taux « agressives » des marchés. Dans le même temps, les États-Unis et l’Iran ont toutefois annoncé, de manière plus ou moins directe, que des négociations susceptibles d’aboutir à un cessez-le-feu étaient en cours, laissant ainsi les investisseurs dans l’expectative…

Florent Wabont paysage portraitFlorent Wabont, Economiste chez Ecofi

En 2025, forcés de subir les rodomontades et les volte-face répétées de Donald Trump en matière de politique économique, les participants de marché se sont mis à adopter le terme de « TACO » (Trump Always Chickens Out ; Trump se dégonfle toujours). Ainsi, à chaque nouvelle annonce depuis le Liberation Day – lorsque, le 2 avril 2025, Donald Trump annonçait le niveau des droits de douane réciproques imposés au reste du monde, avant de faire marche arrière peu de temps après –, la réaction des marchés d’actions est d’abord baissière, bien que dans des proportions modestes, puis haussière une fois le revirement attendu survenu. 

Dès lors, pourrait-on voir cette logique s’appliquer aux événements géopolitiques actuels ? Autrement dit, peut-on revenir si facilement d’une situation de guerre comme l’on apaiserait des tensions commerciales ? 

Dans une forme d’ambivalence, les marchés semblent vouloir encore y croire, mais doutent de plus en plus. Il faut dire que les propos visant à « rassurer » ont été nombreux, en particulier la semaine dernière. Les marchés d’actifs risqués ont ainsi été ballotés au gré de tentatives de désescalade, mais aussi d’escalade, allant d’une pause des frappes sur les sites de production d’hydrocarbures à l’évocation de négociations, démenties puis avouées par les Iraniens, en passant par l’envoi de dizaines de milliers de soldats américains dans la région laissant entrevoir l’imminence d’une intervention terrestre. Au total, ces manœuvres n’ont finalement eu pour conséquence que d’entretenir la confusion. Le détroit d’Ormuz, qui représente l’enjeu principal de ce conflit pour l’économie mondiale, n’a toujours pas rouvert et l’agence internationale de l’énergie évoque désormais cette crise comme « la plus importante perturbation de l’approvisionnement en pétrole de l’Histoire ». S’ajoutent à cela les infrastructures gazières touchées au Qatar, mais aussi les perturbations dans l’acheminement d’autres matières premières nécessaires à l’industrie et au secteur agricole. 

Jusqu’ici relativement contenue, la baisse des marchés d’actions s’est accentuée ces dernières semaines. Les segments les plus cycliques et ceux ayant le mieux fonctionné depuis le début de l’année ont subi des prises de profit. À ce titre, le secteur de la technologie américaine n’a pas non plus été épargné, avec en filigrane les craintes qui pesaient déjà sur la thématique début 2026. Sur le seul mois de mars, les actions de la zone Euro ont cédé 9,6 % (pour le MSCI EMU), tandis que les actions américaines résistent un peu mieux (-7,3 % en dollar et -4,9 % en euros). Depuis le début de l’année, la baisse apparaît cependant moins marquée pour les actions de la zone Euro (-3,8 %), compte tenu des gains enregistrés sur les deux premiers mois. Ce n’est pas le cas des actions américaines, qui souffrent davantage avec des performances de -6,7 % et -4,9 % respectivement en $ et en €. 

Notons également que les indices Dow Jones et NASDAQ 100 sont entrés en territoire de « correction », soit une baisse de -10% depuis leurs derniers plus hauts. Les investisseurs ont conscience qu’un revirement est toujours possible et qu’un rebond rapide des marchés d’actions s’en suivrait probablement. Mais le temps compte car plus il s’écoule et plus le conflit s’installe, plus l’économie risque d’en pâtir, avec la perspective éventuelle de rompre le redressement du cycle qui semblait se mettre en place, notamment en Europe… 

 

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Par Florent Wabont, Economiste chez Ecofi

 

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