La guerre en Iran accapare toute l’attention des investisseurs. Ceux-ci se demandent pour l’instant jusqu’où ira le conflit, quelles seront les conséquences pour les approvisionnements énergétiques et l’inflation, et si le détroit d’Ormuz demeurera longtemps un point de blocage. 

Anne de LanversinDan Scott, Head of Vontobel Multi AssetSi le détroit est rouvert, les chances de croissance économique mondiale et de bénéfices décents pour les entreprises peuvent rester intactes. Sinon, et si les prix de l’énergie augmentent et que la croissance ralentit, le risque de stagflation1 devient réel. Avec autant d’inconnues, les marchés retiennent leur souffle tandis que les banques centrales évaluent l’impact de la guerre sur l’inflation. 

Actuellement, nous pensons que la tension retombera suffisamment pour que le détroit s’ouvre à nouveau, même si le conflit n’est pas réglé, et nous maintenons notre scénario macroéconomique positif. Mais la situation actuelle souligne un ensemble de risques naissants pour ce scénario de base. Nous constatons également que de nombreuses entreprises mettent en avant leur faible exposition directe au Moyen-Orient, alors que ce n’est pas pertinent. L’économie mondiale est interdépendante, comme en témoigne clairement l’exemple du pétrole et du gaz. L’absence d’exposition directe à cette région n’exclut pas l’exposition indirecte par le biais des marchés de l’énergie. Par ailleurs, une crise économique dans le golfe Persique n’a pas nécessairement d’incidence sur la croissance mondiale, mais pourrait affecter les marchés des capitaux. Selon nous, il ne faut pas sous-estimer cet effet secondaire.

Le crédit privé recèle aussi un potentiel de risque pour les marchés. Ces fonds prêtent souvent aux entreprises du secteur des logiciels et des technologies (dont les modèles d’affaires pourraient être menacés par l’IA), sous la forme de prêts illiquides négociés de gré à gré, dont les valorisations sont moins transparentes que la dette cotée, ce qui complique l’évaluation de la qualité réelle du crédit. Ce qui déstabilise les marchés, c’est la perte soudaine de liquidité, surtout dans les systèmes marqués par un fort effet de levier accumulé. Dans le crédit privé, certains aspects des structures d’endettement en cascade2 ont le potentiel de déclencher un effet domino, où les investisseurs commencent à subir des pertes parce qu’ils ont massivement investi dans le crédit privé et qu’ils doivent revendre leurs actifs. Cela peut devenir le premier facteur de pression pour les marchés dans leur ensemble, et il se peut que nous ayons déjà assisté aux signes avant-coureurs d’une telle dynamique. 

De notre point de vue, cela peut devenir problématique si le détroit d’Ormuz reste fermé pendant longtemps. Cela dit, s’il est fermé aux Occidentaux, il reste ouvert aux navires chinois et iraniens. Nous proposons régulièrement aux clients de la Boutique Multi Asset des points détaillés sur l’évolution de la situation au Moyen-Orient. Dans ce numéro d’Investors’ Outlook, nous nous penchons de près sur l’économie japonaise et ses perspectives avec la Première ministre Sanae Takaichi, nous étudions l’impact de la guerre en Iran sur les prix alimentaires et nous expliquons les défis qui se posent aux banques centrales. 


Dan Scott, Head of Vontobel Multi Asset

 

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