Après un mois de guerre, le discours de D. Trump à la nation n’a pas apporté de nouvelles informations, le Président continuant à souffler le chaud et le froid. D’un côté les Etats-Unis vont "frapper l’Iran extrêmement fort au cours des 2-3 prochaines semaines", la guerre ne pose pas de problème car « l’économie va revenir en force » après et les autres pays se débrouilleront avec le détroit d’Hormuz. Mais d’un autre côté, « l’Iran n’est plus une menace » (but de guerre atteint ?), les négociations pour un « deal » avec les Iraniens continuent, les Etats-Unis protègeront leurs alliés dans le golfe et il n’a pas été fait mention de la possibilité de troupes sur le terrain. Les nouvelles plus rassurantes sont étonnamment venues des Iraniens qui laissent la porte ouverte à un arrêt de la guerre (sous conditions).

Vue d'ensemble

  • Au total, les attaques continuent sur le terrain des deux côtés et la reprise du trafic sur le détroit d’Hormuz reste embryonnaire. La situation d’escalade pour la désescalade laisse les marchés avec des risques assez binaires à court terme qui sont difficiles à appréhender. Dans ces conditions, les marchés ont été très volatils au gré des informations contradictoires mais sans tendance pour la deuxième semaine de suite. Pour les actifs risqués, qui ont nettement baissé mais n’ont pas surréagi vu la taille du choc et l’incertitude, le potentiel de hausse comme de baisse est important. Nous restons relativement optimistes à moyen terme, vu notre scénario de désescalade après quelques semaines de conflit et de recul des prix de l’énergie au cours du deuxième trimestre. Mais les risques d’un scénario bien plus négatif restent importants. En revanche, nous pensons que le niveau atteint par les taux offre des opportunités. Une désescalade ferait baisser les risques inflationnistes et de hausses de taux directeurs importantes alors qu’une poursuite de l’escalade renforcerait les risques récessifs et la demande d’actifs refuges.

  • Les dernières données économiques américaines ont été étonnamment solides. Le rebond des ventes au détail et de l’activité industrielle en janvier et février suggèrent que l’économie réaccélérait un peu en début d’année après le ralentissement de fin 2025. Et cette dynamique semble se poursuivre en mars malgré la guerre en Iran, comme le montre la hausse des ventes de voitures, de l’ISM manufacturier et de la confiance des ménages. Cette dernière bénéficie de la stabilisation du marché du travail qui devrait être confirmée par les rapports officiels d’emploi publiés aujourd’hui pour mars.

  • Cela dit, les enquêtes de mars confirment aussi que l’inflation énergétique ne va pas épargner les Etats-Unis, ce qui va peser sur le pouvoir d’achat des ménages et sur la consommation en milieu d’année. L’économie américaine est donc moins exposée au choc énergétique que les autres grandes économies mais elle n’est pas immunisée. Et cela fait perdurer le risque que l’inflation, déjà persistante avant le choc, ne converge pas vers la cible de 2 %. Dans ces conditions, nous pensons que la Fed attendra au moins l’année prochaine pour baisser ses taux.

  • En Zone euro, l’inflation a bien accéléré fortement en mars à cause des prix de l’énergie, passant de 1,9 % à 2,5 %. Et elle va continuer d’accélérer au T2. Mais cette hausse est un peu moins marquée que ne l’anticipaient le consensus et la BCE, car l’inflation sous-jacente a ralenti de 2,4 % à 2,3 %. Cela montre que les pressions inflationnistes étaient normalisées avant le choc énergétique, ce qui réduit les risques que l’inflation sous-jacente n’accélère fortement et durablement. C’est pourquoi nous pensons que la BCE ne devrait remonter qu’une seule fois ses taux cette année, plutôt que les trois hausses de taux qu’anticipent les marchés.

  • Au contraire, au Japon, l’enquête trimestrielle du Tankan très solide renforce notre scénario de deux hausses de taux de la BoJ cette année, avec une première hausse possible dès la fin du mois si l’incertitude géopolitique baisse un peu d’ici là. En effet, la confiance des entreprises japonaises a encore progressé en mars pour atteindre un plus haut depuis 1991, les anticipations d’inflation de long terme restent orientées à la hausse et les conditions financières des entreprises restent solides malgré les hausses de taux déjà réalisées.


Monde : Des premiers signes du ralentissement marqué de l’activité en mars

La confiance des entreprises et des ménages augmente en mars

La confiance des entreprises et des ménages augmente en mars 
Les dernières données américaines concernant l’activité sont rassurantes.

Avant le choc de mars, l’économie réaccélérait légèrement et le marché de l’emploi semblait stable.

En effet, les ventes au détail se reprenaient en janvier (+0,1 %) et en février (+0,5 %) après avoir stagné fin 2025. De même, la production industrielle a rebondi en janvier et février (+0,7 % et +0,2 %) après avoir baissé au T4 2025.

Cette dynamique positive semble s’être maintenue en mars malgré les premiers impacts de la guerre en Iran. Les ventes de voitures augmentent encore pour retrouver leur niveau d’avant le shutdown. Surtout, l’emploi semble stable, avec une hausse de 62 mille de l’emploi privé selon l’ADP, une nouvelle baisse des demandes d’allocation chômage qui sont sous leur niveau de l’année dernière, et pas d’annonces de licenciements plus importantes courant mars.

De façon plus surprenante et contrairement au reste du monde, les enquêtes auprès des ménages et des entreprises ne baissent pas en mars. Cela suggère que l’impact du choc énergétique sur l’activité est limité pour l’instant.

La confiance des consommateurs augmente légèrement selon l’enquête du Conference Board, à un plus haut depuis 3 mois, même si elle reste historiquement déprimée (à 91,8 pt). Cela vient de la situation actuelle des ménages qui se stabilise à un niveau moyen grâce à la résistance du marché de l’emploi, ce qui compense une baisse limitée des anticipations pour les prochains mois.

Côté entreprises, l’ISM manufacturier augmente encore en mars à 52,7 pt, son plus haut niveau depuis 4 ans. La reprise de la production industrielle continue donc même si les indicateurs avancés (commandes, emplois) baissent légèrement.

La baisse des PMI est généralisée, mais plus marquée en Europe

 La baisse des PMI est généralisée

 

En revanche, les indicateurs de prix montrent que les Etats-Unis ne seront pas épargnés par la hausse de l’inflation. L’indicateur de prix payés de l’ISM manufacturier bondit de 8 pt à 78,3, ce qui est son plus haut niveau depuis mi-2022. De même, les anticipations d’inflation des ménages à un an augmentent de 5,5 à 6,2 % en mars. Notons toutefois que les anticipations des ménages restent raisonnables vu la hausse des prix de l’essence, passés de moins de 3 à plus de 4 dollars par galon depuis 1 mois, et restent moins élevées qu’après l’annonce des tarifs réciproques en avril dernier.

La hausse des prix de l’essence et de certains biens et services directement affectés (billets d’avion…) devrait pousser l’inflation de 2,5 % à 3,5-4 % au T2.

Au-delà, les effets de second tour des prix de l’énergie sur les autres prix et sur les salaires sont historiquement plus faibles que dans les autres pays, de telle sorte que les stigmates de ce choc sur l’inflation devraient quasiment disparaître après un an. Mais comme les Etats-Unis faisaient face avant le choc énergétique à une inflation trop persistante, ce choc pourrait prolonger l’incertitude sur le retour de l’inflation à la cible jusqu’à l’année prochaine. 

Les indicateurs américains résistent un peu mieux en mars

 Les indicateurs américains résistent un peu mieux en mars

 

Pour l’activité, la hausse de l’inflation liée à l’énergie va tout de même peser sur le pouvoir d’achat des ménages. Or les ménages ont déjà lissé les chocs d’offre de l’année dernière (le ralentissement de l’emploi et les tarifs) et tiré profit des effets de richesse très favorables des derniers mois, ce qui fait que leur taux d’épargne est déjà bas au début de ce choc (à 4,5 %). Même si l’emploi et la croissance devraient résister au choc énergétique, la consommation et la croissance devraient tout de même ralentir en milieu d’année.

 

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Par Xavier Chapard, Stratégiste de LBPAM

 
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