La guerre en Iran rebat les cartes pour l’économie mondiale. Les prix de l’énergie ont bondi et le détroit d’Ormuz, point névralgique pour l’acheminement des hydrocarbures produits dans la région, demeure quasi impraticable. L’inflation a déjà augmenté en zone Euro et le sentiment des ménages s’est effrité. Dans ce contexte, les banques centrales se retrouvent confrontées à un nouveau dilemme, et les marchés anticipent désormais plusieurs hausses de taux pour certaines d’entre elles. Les marchés d’actions ont, quant à eux, fluctué au rythme des développements du conflit et restent dans l’expectative d’une éventuelle « volte-face » de la part de Donald Trump…

Florent Wabont paysage portraitFlorent Wabont, Economiste chez Ecofi

Depuis le début du conflit, les prix de l’énergie ont considérablement augmenté pour s’établir fin mars au-delà de 100 dollars le baril, tant pour pour le Brent que pour le pétrole WTI. Ce niveau de prix n’est pas inédit, d’autant plus corrigé de l’inflation et de l’évolution du pouvoir d’achat. L’ampleur et la rapidité de la hausse constituent toutefois un véritable choc énergétique pour l’économie mondiale. A cela s’ajoutent également la hausse des prix du gaz, tout particulièrement en Europe, celle de certaines matières premières agricoles et d’intrants utilisés dans l’agriculture, ainsi que l’augmentation des coûts du transport par conteneurs au travers de différentes voies maritimes. 

S’ajoutent enfin les dégâts portés aux infrastructures énergétiques de la région, notamment au Qatar, qui limitent de facto les capacités de production. En zone Euro, l’inflation est déjà passée de 1,9% sur un an en février à 2,5% en mars, sous l’effet d’un accroissement de la composante énergie de l’indice des prix (+4,90% sur un an en mars après -3,10% en février). Les premières données fournies par l’enquête de la Commission européenne ont également montré une baisse de la confiance des ménages en mars. En outre, le climat des affaires s’est détérioré, les délais de livraison se sont allongés et le coût des intrants a augmenté. Juste avant l’éclatement du conflit, la phase de réaccélération du cycle en zone Euro – que nous anticipions depuis plusieurs mois – commençait à gagner en intensité, avec une amélioration notable des indicateurs de confiance et des données réelles. La question, pour l’instant sans réponse, est désormais de déterminer si ce choc énergétique est susceptible d’interrompre cette tendance à la réaccélération ou bien simplement de la décaler dans le temps. 

L’ampleur et la rapidité de la hausse constituent toutefois un véritable choc énergétique pour l’économie mondiale

Cet environnement géopolitique soumet la BCE à un nouveau dilemme – et plus généralement encore la plupart des banques centrales de pays ou zones fortement dépendants des importations d’énergie. En effet, l’accroissement des prix du pétrole, du gaz et d’autres matières premières laisse présager une augmentation de l’inflation, mais aussi un affaiblissement de l’activité. La « logique » voudrait que les banques centrales voient « au travers » de ce choc énergétique a priori « transitoire ». Néanmoins, la crainte de voir cette hausse de l’inflation entraîner des effets de second tour (augmentation diffuse des prix de vente, renégociations salariales…) pourrait mener la BCE à resserrer sa politique monétaire. Cette perspective demeure cependant suspendue à un impondérable de taille : la durée du conflit, et avec elle celle du blocage du détroit d’Ormuz.

 

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Par Florent Wabont, Economiste chez Ecofi

 

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