La couverture médiatique défavorable autour du crédit privé s’est intensifiée cette année, portée par la vente massive de valeurs logicielles liées à l'IA et par l'annonce que la plupart des acteurs ont suspendu les rachats dans leurs fonds de crédit privé destinés aux particuliers. 

Cette situation est devenue une préoccupation croissante pour les investisseurs en obligations au sens large, qui ont vu l'élargissement des spreads se propager à certains segments du crédit public — obligations corporate et financières — lors des épisodes où les craintes autour du crédit privé ont été les plus vives cette année.

Si le risque d'une contagion plus large existe bel et bien en cas de hausse des pertes dans les véhicules de crédit privé, nous estimons que certains facteurs importants contribueront à préserver la résilience des marchés du crédit public, même si le sentiment négatif envers le crédit privé s'aggrave.

Le crédit privé : au-delà du prêt direct

Face à la fréquence des manchettes négatives autour du crédit privé, il est utile de comprendre l'étendue de cette classe d'actifs et d'identifier les segments qui sont scrutés de près.

Le crédit privé recouvre un ensemble d'activités par lesquelles des prêteurs non bancaires créent des instruments de dette qui ne sont pas vendus publiquement aux investisseurs. À l'échelle mondiale, cette classe d'actifs est estimée à environ 3 000 milliards USD, dont près de la moitié correspond au prêt direct — des prêts accordés à des entreprises par des gérants d'actifs et des sociétés spécialisées en crédit privé plutôt que par des banques.

Le prêt direct a connu une forte croissance ces dernières années, en partie sous l'effet d'une réglementation plus stricte rendant certains types de financement d'entreprises moins attrayants pour les banques, mais il ne représente qu'une partie du marché. Les projets d'infrastructure et d'immobilier commercial sont souvent financés par le crédit privé ; une autre composante importante du marché est le financement adossé à des actifs — des titrisations privées qui génèrent des flux de trésorerie réguliers à partir d'un portefeuille d'actifs défini, plutôt que de prêter directement aux entreprises.

Il importe de reconnaître que le crédit privé constitue une source de financement essentielle pour certains types d'entreprises ou d'actifs, et qu'il peut également convenir à certains types d'investisseurs. Pour les entreprises, le financement est plus rapide et bien plus flexible lorsqu'il est réalisé de manière bilatérale plutôt que par le biais d'une émission obligataire syndiquée, où les conditions doivent être standardisées pour séduire une communauté d'investisseurs plus large. Du côté des investisseurs, ceux qui gèrent des passifs à long terme — comme les compagnies d'assurance ou les fonds de pension — constituent un débouché naturel pour des placements en crédit privé à plus long terme et moins liquides. Ces placements correspondent à la structure de leurs engagements et offrent généralement des rendements plus élevés à ceux des marchés obligataires publics.

Il est donc très inexact d'affirmer que l'ensemble du crédit privé est «bon» ou «mauvais», tout comme il serait erroné de dire que chaque État ou entreprise émettant des obligations sur les marchés publics est bon ou mauvais. Il existe cependant des investisseurs et des originateurs de crédit privé qui se distinguent par leur qualité, ainsi que des niveaux d'endettement et de gestion des risques très variables selon les acteurs. 


Jakub Lichwa, Portfolio Management

 

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