Les marchés actions émergents ont fait plus que résister à deux chocs consécutifs — un choc lié à une guerre commerciale et un choc énergétique — que les cadres d'analyse traditionnels auraient qualifiés d'existentiels. Leur surperformance persistante n'est pas un paradoxe : elle souligne à quel point cet univers a structurellement changé.
La corrélation entre les marchés émergents et les cycles économiques occidentaux s'est nettement affaiblie. La demande intérieure, le commerce entre marchés émergents et les chaînes d'approvisionnement régionales constituent désormais de nouveaux moteurs de croissance, capables d'amortir les chocs externes. Cette source de meilleure diversification est d'autant plus bienvenue qu'elle se matérialise au moment où les piliers de l'exceptionnalisme américain s'érodent rapidement.
Trois thèmes interdépendants redéfinissent l'univers d'opportunités : le supercycle des dépenses d'investissement (capex) dans l'intelligence artificielle (IA), la sécurité énergétique et une large vague de réformes de gouvernance d'entreprise. Chacun crée une nouvelle hiérarchie de gagnants et de perdants au sein du monde émergent.
Pour les portefeuilles des investisseurs, l'exposition aux leaders sectoriels dans les bons segments de croissance structurelle devient plus importante que les allocations par pays. Nous privilégions les sociétés exposées aux infrastructures d'IA, à l'électrification, à la consommation intérieure et aux réformes de gouvernance, qui ont démontré leur capacité à se maintenir à la frontière de productivité de leur secteur respectif ou à progresser vers celle-ci, et à améliorer durablement leur rendement du capital investi (ROIC).
Dans l'esprit de nombreux investisseurs, les marchés émergents restent fortement associés à des économies cycliques, entièrement dépendantes du dynamisme du commerce international et, en particulier, de la demande des consommateurs des marchés développés. Beaucoup les considèrent encore comme très vulnérables aux risques politiques et géopolitiques, ainsi qu'à une appréciation rapide du dollar américain (USD) et à des sorties de capitaux déstabilisatrices en période de crise. Plus fondamentalement, les marchés émergents restent trop souvent associés à une économie mondiale de «tangibles» (matières premières, ressources naturelles, biens manufacturés à faible valeur ajoutée), à l'heure où les «intangibles» (entraînement et inférence des modèles d'IA) redéfinissent le monde.
Sur la base d'une telle perception, deux scénarios auraient dû conduire les marchés émergents dans leur ensemble à, sinon s'effondrer, du moins accuser une sous-performance marquée :
- une attaque contre le commerce international par une hausse brutale et massive des droits de douane de la part des pays affichant d'importants déficits commerciaux
- une perturbation majeure des approvisionnements en pétrole et en gaz, touchant en particulier les flux vers les économies manufacturières asiatiques
Ce sont précisément les deux chocs qu'ont connus les marchés mondiaux au cours des douze derniers mois. Pourtant, loin de s'effondrer, l'indice MSCI Marchés émergents a affiché, sur cette période, la surperformance la plus persistante et la plus marquée depuis plus de 18 ans.
Jean-Louis Nakamura, Head of Conviction Equities / Thomas Schaffner, Co-Head mtx Equities, Portfolio Manager / Raphael Lüscher, Co-Head mtx Equities, Portfolio Manager / Adrian Bender, Head of Fixed Income CPM
Pour consulter l'article dans son intégralité, cliquez ici.
Pour accéder au site, cliquez ICI.