La guerre en Iran s’apprête à rentrer dans son troisième mois. Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu le 8 avril dernier, les négociations visant à mettre fin au conflit n’ont pas encore abouti. La réouverture du détroit d’Ormuz, point névralgique pour le passage des hydrocarbures produits dans la région, demeure ainsi suspendue à l’issue de ces négociations. Parallèlement, les conséquences de cette guerre s’observent désormais de plus en plus dans les données économiques, tout particulièrement en zone Euro. De leur côté, les banques centrales, et la BCE en premier chef, se voient contraintes d’affronter un dilemme qui n’admet aucune solution évidente…

Florent Wabont paysage portraitFlorent Wabont, Economiste chez Ecofi

Le nœud gordien

D’après les données préliminaires publiées par Eurostat, l’inflation en zone Euro est passée de 2,6 % sur un an en mars à 3 % en avril. Cette tendance à la hausse devrait se poursuivre en mai, dans le sillage de l’augmentation des prix de l’énergie. Le caractère temporaire ou plus persistant de ce phénomène reste toujours conditionné à la durée et à l’intensité du conflit. Sur la même période, l’inflation hors énergie et alimentation est passée de 2,3 % à 2,2 %, illustrant l’absence de propagation de ce choc énergétique jusqu’à présent. D’après les enquêtes menées auprès des entreprises européennes, les prix de vente anticipés ont nettement augmenté pour les secteurs manufacturiers et industriels, tandis que cette hausse est restée plus contenue dans les services. S’agissant de l’activité, la croissance du PIB de la zone Euro pour le 1er trimestre, données qui n’intègrent que partiellement les effets du conflit, est ressortie à 0,1 %, contre 0,2 % attendu. Après la baisse des enquêtes PMI (Purchasing Managers Index) du mois d’avril, celles de la Commission européenne publiées la semaine dernière ont dépeint une situation similaire, avec une nette détérioration de l’indicateur du sentiment économique (ESI) et des anticipations d’emploi. Dans ce contexte, la probabilité d’une contraction du PIB au 2ème trimestre ne peut ainsi pas être écartée. Aux Etats-Unis, malgré un ralentissement de la croissance du PIB au 4ème trimestre 2025 (0,5% en rythme annualisé) et au 1er trimestre 2026 (2%), les données coïncidentes ou avancées de l’activité n’ont pas montré de signes francs de ralentissement lié à la situation géopolitique, à l’exception de l’augmentation de l’inflation. L’inflation mesurée par l’indice PCE (cible d’inflation de la Fed) étant ainsi passée de 2,8 % sur un an en février à 3,5 % en mars.

Cette tendance à la hausse devrait se poursuivre en mai, dans le sillage de l’augmentation des prix de l’énergie. Le caractère temporaire ou plus persistant de ce phénomène reste toujours conditionné à la durée et à l’intensité du conflit.

À moins que la situation géopolitique ne change radicalement, une hausse des taux directeurs de la BCE lors de la prochaine réunion le 11 juin semble presque inéluctable, compte tenu de la mention explicite par Christine Lagarde de réflexions en cours sur la question. Ce mouvement aurait, selon nous, pour but de prévenir les risques quant à la matérialisation éventuelle d’effets de second tour. Nous continuons toutefois de penser que deux hausses de taux sont à attendre au maximum, en raison de l’effet ralentisseur sur l’économie d’une installation du conflit et d’un maintien des prix de l’énergie à des niveaux élevés. Cet effet négatif sur la croissance et l’emploi tempèrerait du même coup la possibilité d’effets de second tour et limiterait la BCE dans son élan. Une équation difficile à résoudre, qui n’admet aucune solution évidente…

Le choc énergétique vient s’ajouter à un terrain déjà inflationniste avant l’éclatement du conflit.

Concernant la Fed, notre scénario d’un statu quo prolongé demeure inchangé. Le choc énergétique vient s’ajouter à un terrain déjà inflationniste avant l’éclatement du conflit. L’examen d’une compilation de séries provenant de sources privées, publiques et à différentes fréquences de publication, nous permet par ailleurs d’exclure le scénario d’une poursuite de la dégradation du marché de l’emploi. La probabilité d’une hausse de taux cette année a également augmenté, mais les effets négatifs du conflit sur l’activité pourraient mettre encore un peu de temps à se manifester sur le pouvoir d’achat des ménages et sur les décisions d’investissement des entreprises. Un jeu d’équilibriste auquel Kevin Warsh devra se confronter…

 

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Par Florent Wabont, Economiste chez Ecofi

 

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