Les marchés actions américains se hâtent de renouer avec le récit rose du scénario Goldilocks. Les investisseurs relativisent le risque de stagflation et se concentrent davantage sur la résilience des bénéfices. Les tensions persistent, mais le marché montre sa capacité à regarder au-delà, faute d’un vrai dénouement.

Historiquement, les marchés actions s’accommodent assez rapidement des épisodes géopolitiques. La guerre en Iran n’échappe pas à la règle, soutenue par un processus de désescalade engagé début avril.

L’ouverture de discussions au Pakistan a toutefois fait ressortir plusieurs points de blocage : arrêt du programme nucléaire iranien, indemnisation, contrôle d’Ormuz, dégel des avoirs, levée des sanctions et retrait des bases militaires américaines… autant d’exigences difficilement réconciliables. Ormuz reste le principal théâtre des tensions. Donald Trump a ensuite annoncé un blocage du détroit (le blocus du blocus !). Des tirs ciblés contre des navires de second ordre n’ont pas remis en cause ce cessez-le-feu pourtant fragile. Le 6 mai, la Maison Blanche estime être proche d’un accord avec l’Iran, donnant un nouvel élan aux marchés actions. Ce moratoire intégrerait cette fois l’enrichissement nucléaire ainsi que d’autres exigences. Ces engagements sont toutefois conditionnés à la conclusion d’un accord final. Le principal risque est celui d’une désescalade incomplète. 

La vague de ventes est arrivée à son terme, soulagée par les espoirs de cessez-le-feu, et coïncidant avec des indicateurs de positionnements extrêmement déprimés. Depuis, les investisseurs n’ont cessé de se redéployer. Un repositionnement radical de toutes les typologies d’opérateurs. 

L’enquête auprès des particuliers AAII, particulièrement déprimée, souvent perçue comme un signal contrariant, s’est retournée brusquement. Les flux sur fonds actions US captent également une bonne partie de ce regain d’optimisme, avec près de 300 Mds$ de collecte. De même, dans ce contexte, les fonds spéculatifs s’empressent de déboucler leurs positions vendeuses (short squeeze), après avoir cumulé un nombre de positions sans précédent depuis le Covid. Enfin, autre typologie d’intervenant, les fonds monétaires ont enregistré des sorties de capitaux de l’ordre de -172 Mds $ en une semaine, matérialisant le repositionnement radical du segment institutionnel. 

 Le début d’année avait été porteur pour les actions européennes, par rapport aux américaines dont les paris étaient jugés plus embouteillés. Le conflit rebat les cartes, ouvrant des opportunités pour les actions US, dont les multiples de valo se sont détendus et dont la non-proximité avec le conflit constitue un atout. Cet avantage transparait dans les données économiques, qui souffrent moins qu’attendu…contrairement à la Zone euro qui pâtit de son exposition à la zone en conflit. Dans le détail, la croissance européenne a été largement revue à la baisse, sous les 1%, en ligne avec une croissance au T1 qui a déçu, limitée à +0,1% trimestriel. À l’opposé, aux États-Unis, le T1 ressort à 2% (annualisé), marquant un rebond par rapport à la croissance de 0,5 % observée le trimestre précédent. Le marché du travail reste résilient, même s’il demeure volatile d’un mois à l’autre, la création d’emploi a affiché 178 000 en mars et le taux de chômage est tombé à 4,3 %. 

La saison des résultats bat son plein et la dynamique bénéficiaire pour 2026 se renforce (cf graphique du mois). Des progressions de BPA attendues largement à deux chiffres (voire trois pour certains fleurons !). Ces révisions apparaissent cohérentes pour le secteur de l’énergie, soutenu par un prix moyen du baril plus élevé sur l’année. Pour le reste de la cote, la prudence reste toutefois de mise : le ralentissement économique en Europe pourrait encore entraîner des révisions à la baisse.

 

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