Il fut un temps où la bourse reflétait l’économie. Elle montait et descendait en fonction des fondamentaux : profits, investissement, productivité et croissance. L’économie était le « chien », et le marché n’en était que la « queue ». Cependant, au fil du temps cette relation s’est discrètement inversée. 

guy wagner rsGuy Wagner, CIO de la société de gestion BLI - Banque de Luxembourg Investments

Aujourd’hui, le marché actions n’est plus seulement le miroir de l’économie américaine. À bien des égards, il en est devenu l’un des moteurs, au point qu’un véritable marché baissier n’est dorénavant plus aisément supportable par le système… La queue remue désormais le chien…

Une économie financiarisée

Au cours des dernières décennies, l’économie américaine s’est profondément financiarisée. Le patrimoine des ménages dépend fortement des actifs financiers, notamment des actions. Le comportement des entreprises est conditionné par les cours boursiers à travers les rémunérations en actions, les rachats d’actions et les attentes des investisseurs. Même la consommation, autrefois principalement déterminée par les revenus, est désormais influencée par le fameux « effet richesse ».

Lorsque les marchés montent, les ménages se sentent plus riches et consomment davantage : quand les marchés chutent, ils se replient. Ce phénomène n’a rien de théorique, il ressort clairement des données sur l’ensemble des cycles économiques.

Dans ce contexte, un marché baissier durable ne serait plus simplement un événement financier mais deviendrait un choc macroéconomique.

L’exposition de l’État à ce phénomène de financiarisation est moins visible, mais tout aussi notable. En effet, les recettes fiscales sont de plus en plus liées à la performance des marchés. Les impôts sur les plus-values, en particulier, sont extrêmement sensibles aux niveaux boursiers ; quand les marchés montent, les recettes explosent, quand ils baissent, elles s’évaporent.

Des cours boursiers élevés soutiennent ainsi l’ensemble de l’écosystème financier qui alimente les revenus imposables. Une baisse prolongée des marchés actions ne pénaliserait donc pas seulement les investisseurs, elle serait également source d’instabilité budgétaire. En réalité, le Trésor américain est devenu un partenaire silencieux du marché actions, non pas par la propriété, mais par la dépendance.

 

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Par Guy Wagner, chief investment officer (CIO) de la société de gestion BLI - Banque de Luxembourg Investments

 

 

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