Pendant la majeure partie de l’année écoulée, les perspectives ont semblé plutôt rassurantes. L’inflation se calmait, les banques centrales s’apprêtaient à procéder à de nouvelles baisses de taux d’intérêt, la croissance économique tenait bon les inquiétudes géopolitiques s’estompaient avant d’avoir pu éroder sérieusement l’appétit pour le risque.
Dan Scott, Head Multi Asset, Chief Investment Officer, Vontobel
Malgré cela, après une période faste, les marchés pourraient entrer dans une période où il sera plus difficile de surprendre positivement les attentes. Selon nous, une bonne partie de l’optimisme est probablement déjà largement intégré dans les cours au moment même où les marchés s’acheminent vers les mois d’été, généralement plus tranquilles. Les investisseurs paraissent aussi davantage conscients de la multitude de questions irrésolues avec lesquelles ils doivent composer. La liste de tout ce qui pourrait dérailler, de l’inflation à la trajectoire des taux d’intérêt en passant par le détroit d’Ormuz et le crédit privé, est toujours aussi longue, même si les marchés ont assez bien résisté jusqu’ici.
Les relations entre les États-Unis et l’Iran restent tendues, les espoirs de progrès diplomatiques alternant avec des périodes d’escalade rhétorique. Même si l’on ne peut exclure une nouvelle escalade à plus grande échelle, il y a aussi lieu de croire que toutes les parties répugnent à laisser le conflit échapper à tout contrôle, en particulier s’il provoque une nouvelle envolée des prix du pétrole. Le président américain Donald Trump, dont la cote de confiance à déjà chuté au niveau le plus bas de son second mandat1 jusqu’ici, ne voudra certainement pas aborder les élections de mi-mandat de cet automne si le baril de pétrole dépasse les 100 USD.
Dans les relations entre les USA et la Chine, on observe également un effort pour apaiser les différends. La première visite de Trump à Pékin depuis 2017 pour rencontrer le président chinois Xi Jinping ne s’est peut-être pas soldée par une avancée décisive en matière de commerce ou sur le détroit d’Ormuz, mais le ton s’est adouci malgré les tensions ambiantes. Xi a décrit la relation entre les deux pays comme relevant d’une « stabilité stratégique constructive», un cran au-dessous de l’approche de Joe Biden, qui évoquait une «concurrence stratégique». Xi doit se rendre aux USA en automne, et les récentes données macroéconomiques publiées par les deux premières puissances économiques pourraient donner à chaque partie une raison de plus de calmer le jeu jusque-là. L’inflation aux États-Unis a augmenté en avril sans que la croissance des salaires suive, anéantissant presque tout espoir restant sur les marchés pour une nouvelle baisse de taux de la Réserve fédérale américaine (Fed) avant la fin de l’année.2 En Chine, la croissance a ralenti, ravivant les questions habituelles concernant la demande intérieure et la nécessité éventuelle de nouvelles mesures de relance pour soutenir la croissance.
Le Comité d’investissement de la Boutique Multi Asset a décidé de faire passer l’allocation aux actions européennes de surpondérée à neutre et de relever les obligations à haut rendement (HY)3 de sous-pondérées à surpondérées. Dans ce numéro d’Investors’ Outlook, nous revenons en détail sur cette décision, partageons notre point de vue sur le pétrole et nous penchons sur un sujet source de nombreuses inquiétudes: les conséquences que pourrait avoir la révolution de l’intelligence artificielle (IA) sur le marché du travail mondial.
Il est peut-être temps que les marchés s’offrent un répit. Nous pensons que la vue vaut toujours la peine d’être capturée, nous prenons simplement un peu de recul pour trouver le meilleur cadrage.
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