La paralysie du détroit d’Ormuz continue de charrier son lot de perturbations. Les contraintes d’offre d'essence et de kérosène ont fait les gros titres, mais d'autres produits moins connus du grand public ont vu leur production chuter drastiquement, provoquant des déséquilibres flagrants. C'est le cas du soufre, produit résiduel du raffinage du pétrole et du gaz dont 50 % du marché international passe par le détroit et de son dérivé, l'acide sulfurique, qui est un composant critique dans le processus de traitement du cuivre*.

PIERRE PINCEMAILLEPierre Pincemaille, Secrétaire général de la Gestion

Heureusement pour les industriels en aval de la chaîne, ce procédé ne représente qu’environ 15 % de l'offre globale de cuivre raffiné (notamment au Chili et en RDC), le reste provenant du recyclage et surtout des fonderies. Pour ces dernières la dynamique récente de production, notamment chinoise, est restée étonnamment résiliente malgré les tensions constatées sur le marché du « concentré**». Les stocks initiaux et l'utilisation de ferraille peuvent expliquer le phénomène, mais le durcissement de la réglementation chinoise devrait permettre une recorrélation à terme des tendances de production minière et de produits semi-finis.

Au-delà des sujets d’offre provenant du Moyen-Orient et de la Chine, il faut rajouter la crainte d'un ralentissement macroéconomique global et son impact sur la demande de cuivre via les marchés finaux les plus cycliques (construction et machines industrielles). À titre d'exemple, les analystes de la banque Goldman Sachs ont évalué à environ 0,9 point de pourcentage la sensibilité de la demande de cuivre pour une baisse de 1 pp du PIB réel mondial, impliquant une révision à la baisse de leur prévision de demande de produits raffinés cette année à +1,6 % (vs. +2 % précédemment).

Malgré ces révisions négatives, les cours de l'or rouge ont fait mieux que résister en dépassant les niveaux précédant le conflit. Il semble donc que les investisseurs aient décidé de regarder au-delà des perturbations actuelles touchant aussi bien l'offre que la demande.

À ce titre, la dernière étude du courtier Jefferies permet de s'extraire du bruit de court terme : l'analyse des tendances sur les quinze dernières années montre une augmentation significative de la consommation de ce métal par unité de PIB. Ce constat est d'autant plus pertinent que 2011 correspond au pic du super cycle chinois, tiré par l'activité immobilière résidentielle fortement consommatrice de cuivre. Les raisons de cette plus forte intensité sont désormais bien connues : électrification, infrastructure de réseau, énergies renouvelables et économie numérique.

Face à ces nouveaux usages, l'offre reste désespérément inélastique. Alors que 6,2 % de la production a été perdue en 2025 en raison de perturbations diverses, le début d'année reste sur la même trajectoire : BHP, Ivanhoé et Freeport ont tous révisé à la baisse leurs objectifs de production. En conséquence, la production cumulée des principales sociétés minières représentant deux tiers de la production mondiale a reculé de 2,5 % au premier trimestre (en glissement annuel) et de 7,6 % en séquentiel. Cette tendance ne fait que confirmer que la baisse de la teneur en minerai, le vieillissement des mines et les contraintes environnementales sont des sujets structurels.

En raison de l’incapacité de l'industrie minière à répondre aux besoins croissants des secteurs prioritaires, la sécurité d'approvisionnement devient un sujet majeur pour les États dans un monde multipolaire. En Chine, la Commission de réforme et de développement national a confirmé la nécessité de constitution de stocks stratégiques de minéraux critiques, au moment où les États-Unis signent des deals avec la Zambie et la RDC pour solidifier leurs propres chaînes d'approvisionnement. L’Europe n'est pas en reste avec la loi sur les matières premières critiques.

L’observation des cours du cuivre sur la période 1980/2026, montre qu’ils se sont situés en moyenne à 18 % au-dessus du coût marginal***. Si l'on raccourcit la période à 2000/2026, cette prime monte à 27 % en raison de l'émergence de la Chine comme nouvel acteur dominant du marché. Le prix actuel se situe à un niveau de prime sensiblement plus élevé****, reflet des déséquilibres fondamentaux et de l'émergence d'une valeur stratégique.

Ce désencrage vis-à-vis du coût marginal devrait logiquement se poursuivre pour inciter les sociétés minières à réagir au signal-prix. Et le délai entre découverte d’un gisement et sa mise en production (supérieure à 15 ans) offre une visibilité bienvenue aux investisseurs pour se positionner sur ce thème fondamental, qui permet de surcroît d'améliorer la diversification des portefeuilles

 

Texte achevé de rédiger le 12 juin 2026 par Pierre Pincemaille, Secrétaire général de la Gestion

 

Références :

*L'hydrométallurgie est un procédé utilisé pour extraire des métaux à partir de leurs minerais à l'aide de solutions aqueuses ;
**matière première produite lors de l'extraction du cuivre à partir du minerai ;
***coût cash + dépréciation & amortissement ;
****environ le double.

 

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