La Banque du Japon (BoJ) a décidé de relever son taux directeur de 0,75 % à 1 % à l’issue de la réunion des 15 et 16 juin 2026. Il s’agit de son plus haut niveau depuis 1995, et de la cinquième hausse depuis mars 2024 (cf. graphique 1). La banque centrale a également annoncé la poursuite de la réduction graduelle de ses achats d’obligations. Les achats mensuels passeront d’environ 2 700 milliards de yens actuellement à 2 000 milliards de yens à partir d’avril 2027.

Le communiqué et les déclarations de Shinichi Uchida, qui a remplacé le gouverneur Ueda en raison de son hospitalisation, traduisent une inflexion importante du discours de la BoJ. En effet :

  • L’environnement conjoncturel est jugé plus favorable. L’économie continue de se redresser modérément malgré certaines fragilités, notamment liées aux tensions au Moyen-Orient et à la hausse des prix de l’énergie. Toutefois, tant dans le communiqué que dans les propos de M. Uchida, il ressort clairement que les risques baissiers sur la croissance ont diminué depuis la réunion d’avril. La BoJ estime que l’économie évolue globalement conformément au scénario central, soutenue par les mesures visant à atténuer l’impact de la hausse des prix de l’énergie, la solidité des bénéfices des entreprises et l’amélioration du marché du travail.

  • L’environnement inflationniste est jugé plus préoccupant. La BoJ souligne le risque d’une diffusion plus large de la hausse des prix du pétrole aux prix à la consommation et considère que les risques sur l’inflation sont désormais davantage orientés à la hausse.  Selon M. Uchida, l’inflation sous-jacente pourrait désormais dépasser durablement l’objectif de 2 %. Dans le même temps, la BoJ affiche une confiance croissante dans la dynamique domestique des prix. Longtemps recherchée, la boucle prix-salaires est désormais solidement engagée (cf. graphique 2). Les salaires de base devraient se stabiliser autour de 3,5 %, un rythme jugé compatible avec une inflation durablement établie autour de la cible de 2 %.

  • La BoJ confirme son intention de poursuivre la normalisation monétaire. De nouvelles hausses de taux seront envisagées en fonction de l’évolution de l’activité, des prix et des conditions financières. La BoJ est particulièrement attentive aux risques extérieurs, en particulier ceux liés au Moyen-Orient et aux mouvements du marché des changes. M. Uchida a reconnu que ces derniers exercent aujourd’hui une influence plus forte qu’auparavant sur les prix domestiques.

  • La BoJ entend préserver une normalisation graduelle et ordonnée afin d’éviter toute tension excessive sur les marchés financiers. Les relèvements de taux constituent son principal instrument pour contenir les risques inflationnistes et éviter d’être « behind the curve ». Parallèlement, l’institution continuera de mobiliser les outils non conventionnels afin de préserver le bon fonctionnement du marché obligataire japonais et limiter une remontée trop brutale des rendements. Malgré son nouveau plan pour réduire progressivement ses achats mensuels d’obligations, elle se réserve la possibilité de les accroître de manière flexible en cas de tensions excessives sur les taux longs.

En résumé, le message délivré par la BoJ est plus ferme qu’au cours des derniers mois. L’institution est plus confiante dans les perspectives économiques et dans la dynamique domestique de l’inflation, tout en restant prudente dans la mise en œuvre de sa stratégie de normalisation monétaire. Nous maintenons donc notre scénario de gradualisme, avec un taux directeur à 1,25 % fin 2026 puis à 1,75 % en 2027.

Les risques nous paraissent désormais davantage orientés à la hausse sur le taux terminal. Cette incertitude reflète celle de la BoJ elle-même : les estimations du taux neutre publiées en mars 2026 varient entre 1,1 % et 2,5 %, une fourchette que Shinichi Uchida juge encore large pour constituer un véritable guide opérationnel.

 

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Par Thuy Van Pham, Economiste

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