Le vieillissement des sociétés va accélérer la prochaine vague d’automatisation. Carl Frey, auteur d’une étude fondamentale sur l’impact de la robotique sur le marché du travail et membre du conseil consultatif thématique de Pictet Asset Management, explique pourquoi.

Dans le monde entier, les sociétés se dirigent vers une fracture démographique. En 1950, le taux de fertilité mondial s’élevait à environ cinq enfants par femme. Aujourd’hui, il est d’environ 2,3, soit à peine au-dessus du taux de remplacement de 2,1, et la tendance reste à la baisse. Plus des deux tiers de l’humanité vivent aujourd’hui dans des pays où la fertilité est tombée en dessous du niveau de remplacement. En Corée du Sud, où le taux de fertilité total est le plus bas au monde, il s’est effondré à 0,8. En Chine, il est d’environ 1,0. Dans une grande partie de l’Europe, le nombre d’enfant par femme varie désormais de 1,0 à 1,6, la moyenne de l’Union européenne atteignant son niveau le plus bas de 1,34 en 2024. Même les États-Unis, dont la démographie s’est démarquée pendant longtemps de celle des autres pays riches, sont arrivés à 1,6.

Les conséquences sont déjà visibles. La population chinoise a baissé pour la quatrième année consécutive en 2025, les décès dépassant les naissances, et l’écart continue de se creuser. D’ici 2050, la Chine devrait avoir perdu environ 145 millions d’habitants sur une population actuelle de 1,4 milliard. La population japonaise en âge de travailler a atteint son pic en 1995 avec 87 millions d’individus et a reculé de 16% depuis; elle devrait diminuer d’encore 31% d’ici 2060. Au cours du prochain quart de siècle, 38 nations de plus d’un million d’habitants connaîtront probablement un déclin démographique, contre 21 au cours des 25 dernières années. D’ici 2050, la part des 65 ans et plus dans les pays confrontés à une baisse de la population devrait presque doubler, passant d’environ 17% à 31%.

Cela se traduira par moins de travailleurs pour pourvoir des emplois, par des revenus fiscaux plus faibles pour financer les retraites et les soins de santé, ainsi que par une pression croissante sur la croissance économique. La question est de savoir si la technologie peut aider. Concrètement, l’automatisation et l’intelligence artificielle peuvent-elles compenser les travailleurs que la dynamique démographique ne fournira pas? L’histoire montre que c’est possible et, dans certains cas, qu’une pénurie de travailleurs est précisément ce qui déclenche en premier lieu l’adoption de machines nécessitant peu de main-d’œuvre.

 

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Par Carl Frey, Associate Professor of AI and Work at the Oxford Internet Institute

 

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