La croissance ralentit. Les consommateurs se montrent plus sélectifs. Cependant, la demande d’actifs stratégiques continue de s’accélérer. Les puces, les centres de données, l’électricité, le cuivre, les équipements de défense et les infrastructures énergétiques reflètent la même tendance : une partie de l’économie se montre à la fois insatiable et impatiente.
Cette tension caractérise de plus en plus l’environnement actuel. D’un côté, les ménages européens et chinois restent prudents tandis que la consommation américaine devient plus contrastée. De l’autre, les hyperscalers continuent d’engager des sommes colossales dans les infrastructures liées à l’IA, ce qui soutient les bénéfices, l’investissement et les marchés actions. Il en résulte un monde où la demande semble globalement atone, mais s’avère insatiable dans quelques secteurs clés.
Pour les investisseurs, il convient de savoir si la vigueur extraordinaire des investissements liés à l’IA peut durablement compenser la faiblesse d’autres secteurs.
Quand la demande excède l’offre
La caractéristique la plus frappante du cycle actuel n’est pas l’ampleur des investissements dans l’IA, mais la longue liste des contraintes qui en découlent. Les hyperscalers devraient investir plus de 700 milliards de dollars dans les infrastructures d’IA en 2026. Le discours des entreprises est remarquablement uniforme : les carnets de commandes sont pleins, les capacités de production sont limitées et les révisions de bénéfices continuent d’augmenter dans une grande partie de l’écosystème des infrastructures. En conséquence, la demande de semi-conducteurs, d’équipements de réseau, de centres de données et d’infrastructures électriques excède l’offre disponible.
Les contraintes se matérialisent de plus en plus dans l’économie réelle. La capacité des centres de données, la production d’électricité, les infrastructures de réseau, les transformateurs et les métaux stratégiques peinent à se développer au rythme requis. Si l’offre de capitaux est abondante, il n’en va pas de même des capacités.
Ce point est essentiel, car les pénuries ont des conséquences. Elles favorisent le pouvoir de fixation des prix, soutiennent la visibilité sur les bénéfices et créent des barrières à l’entrée. Mais elles génèrent également des pressions inflationnistes. Contrairement à la flambée inflationniste qui a suivi la pandémie, les tensions sont moins généralisées et plus concentrées sur les infrastructures, les matières premières et les capacités de production industrielles.
La question n’est plus de savoir si l’IA fonctionne. Il s’agit de savoir si le niveau extraordinaire des dépenses engagées peut générer des rendements à la hauteur des capitaux déployés. À mesure que le cycle d’investissement se déploie, la rentabilité devient un enjeu aussi important que la demande. Le débat sur l’IA est donc en train d’évoluer. Il ne s’agit plus seulement des gains de productivité ou de l’adoption de nouveaux logiciels ; il s’agit de savoir si l’économie réelle peut suivre le rythme imposé par l’économie numérique.
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Par Nadège Dufossé, CFA, Global Head of Multi-Asset
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À propos de Candriam
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