« Peace Piece », inspiré du morceau éponyme de Bill Evans, suggère dans cette note une paix aussi délicate que fragmentée, où l’accalmie diplomatique masque un enchevêtrement de tensions et de dépendances à la fois géopolitiques et économiques que l’économie devra coûte que coûte dépasser.
Une économie mondiale à plusieurs vitesses : vers une stagflation sélective
Après plusieurs années de reflux de l’inflation post-pandémie, les grandes économies développées semblent entrer dans un régime plus complexe, mêlant ralentissement et retour de tensions inflationnistes. Le risque majeur n’est pas une récession, mais une stagflation sélective, avec des trajectoires très divergentes.
La Chine, la zone euro et, dans une moindre mesure, le Royaume-Uni présentent de plus en plus les caractéristiques d’un environnement stagflationniste : croissance en recul et anticipations d’inflation en hausse. Cette résurgence inflationniste découle d’une succession de chocs d’offre qui montrent que la mondialisation n’a pas supprimé la rareté, mais l’a déplacée.
Le premier choc concerne l’énergie. Malgré les espoirs de normalisation au Moyen-Orient, les marchés intègrent désormais une lente normalisation du flux maritime via le détroit d’Ormuz. Le principal facteur de stabilisation est venu de Chine, dont la baisse des importations de pétrole a permis d’éviter une flambée des cours mais au prix d’une destruction partielle de la demande et d’une mobilisation importante de ses réserves. Cette apparente détente du prix du brut masque une fragilité croissante : depuis 2014, la demande mondiale a fortement progressé, les stocks raffinés restent bas, les capacités de raffinage ont été réduites et les marges avoisinent 50 dollars par baril.
Plusieurs estimations évoquent une destruction cumulée de près de 2 milliards de barils de stocks, un choc inédit. À la pression énergétique s’ajoutent des tensions agricoles et logistiques.
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Par Benjamin Melman, Global Chief Investment Officer / Michaël Nizard, Directeur des Gestions Multi-Asset & Overlay
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