En bref :
- Compte tenu de l’incertitude sur l’évolution de l’IA, nous privilégions les entreprises aux sources de revenus diversifiées et résilientes face à un ralentissement des investissements en IA.
- L’écosystème IA, fortement interconnecté, dépend du financement externe et de l’optimisme des investisseurs, ce qui le rend vulnérable aux instabilités financières et aux répercussions économiques.
- Un effondrement alimenté par l’IA pourrait provoquer une correction des marchés, affaiblir la confiance des consommateurs et accroître le risque d’une récession mondiale.
- Il est essentiel d’adopter une stratégie d’investissement équilibrée, combinant des opportunités à forte croissance et des actions défensives à croissance plus stable.
Les marchés actions s’approchent de 2026, portés par l’ascension exceptionnelle de quelques acteurs de l’Intelligence Artificielle. Cette année, la croissance économique mondiale est étroitement liée au destin de l’innovation en AI, qui agit à la fois comme moteur de croissance et comme point de pression potentiel.
Sans le recul nécessaire, il est difficile de déterminer si les marchés se trouvent dans une bulle. Ce qui est certain, en revanche, c’est que cette concentration croissante expose davantage les investisseurs à des fluctuations soudaines et marquées. Un retournement du récit autour de l’IA pourrait provoquer une correction brutale des marchés actions, entamer la confiance des consommateurs et potentiellement entraîner l’économie mondiale en récession.
Dans ce contexte fragile, il convient d'adopter une approche fondée sur l'humilité et l'équilibre : il s'agit de participer au potentiel à long terme de l'Intelligence Artificielle tout en évitant une surexposition à un nombre restreint d'acteurs dont le succès reste imprévisible.
Identifier une croissance prévisible et durable dans l'Intelligence Artificielle
Alors que les consommateurs ont manifesté un vif engouement pour l'adoption de produits liés à l'IA, comme l'a montré le lancement initial de ChatGPT, les entreprises, quant à elles, ont rencontré moins de succès. Une étude menée cet été par le MIT a révélé que 95 % des projets liés à l'IA n'ont pas permis de réaliser d'économies significatives ni d'améliorer la rentabilité.1 Une étude plus récente menée par McKinsey a montré que plus de 60 % des organisations demeurent encore au stade expérimental ou pilote dans l'adoption de l'Intelligence Artificielle.2
Les cas d’usage de l’IA en entreprise restent pour l’instant principalement internes, avec un accent mis sur l’amélioration de l’efficacité opérationnelle dans des domaines tels que la gestion des connaissances, le développement logiciel et l’automatisation des help desks. Cela met en lumière les défis liés à l’intégration de l’IA dans les processus existants et la possibilité de délais d’implémentation prolongés. Cela traduit également l’incertitude qui subsiste quant à l’ampleur des gains de productivité que l’IA pourra réellement apporter.
Face au risque d’un repli des investissements dans l’IA, nous estimons que les investisseurs devraient privilégier une approche plus prévisible, en identifiant des entreprises dont le succès ne dépend pas exclusivement de l’IA. Nous identifions des opportunités potentielles dans trois domaines clés :
1. Géants du cloud
Les trois principaux fournisseurs de cloud public – Amazon, Microsoft et Alphabet – profitent de la hausse de la demande en capacité de calcul générée par les charges de travail liées à l’IA générative, comme en témoignent leurs récents résultats trimestriels. Nous considérons que ces entreprises présentent un profil plus attractif que le groupe émergent des « neoclouds », qui se concentrent principalement sur la location de GPU à faible marge et affichent une forte concentration de clientèle auprès des grands laboratoires d’IA.
Amazon Web Services (AWS), Microsoft Azure et Google Cloud Platform (GCP) appartiennent à des entreprises très rentables, bénéficiant d’autres moteurs de croissance séculaires, ce qui leur confère une plus grande capacité à absorber un éventuel recul des dépenses en intelligence artificielle. Elles sont également mieux placées pour réallouer l’infrastructure informatique dédiée à l’AI vers des cas d’usage internes, offrant ainsi une autre possibilité pour gérer un éventuel excès de capacité. Par ailleurs, Alphabet tire profit de certains des cas d’usage les plus majeurs de l’AI, tels que la recommandation de contenu, la génération de contenu et l’amélioration de la monétisation publicitaire.
2. Infrastructures essentielles
Dans le secteur des semi-conducteurs, nous adoptons la même approche sélective et prudente. Plutôt que de chercher à déterminer quel concepteur de puces AI s’imposera, nous privilégions les acteurs incontournables qui fournissent l’ensemble de l’industrie. TSMC correspond parfaitement à ce profil, car son rôle est essentiel pour le fonctionnement et la montée en puissance des systèmes d’AI, il opère avec des barrières à l’entrée élevées et dispose de sources de revenus diversifiées, ce qui atténue le risque lié à un ralentissement des investissements en AI.
En tant que fondeur de pointe sur les nœuds avancés, TSMC occupe une place essentielle auprès des principaux concepteurs de puces AI – notamment Nvidia, AMD, Apple et les hyperscalers qui développent de plus en plus leurs propres ASIC sur mesure. Cette large diversification des débouchés, alliée à une position technologique quasi monopolistique et à des engagements pluriannuels de capacité de la part des clients, confère à TSMC une visibilité nettement supérieure à celle des concepteurs fabless.
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Par David Souccar, Chief Investment Officer Quality Growth, Portfolio Manager, Senior Research Analyst / Grant Bughman, Head of the Client Portfolio Management Team / Alexandra Russo, Client Portfolio Manager
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