Après plusieurs années de doute, la transition énergétique revient au centre du jeu économique et financier.
Le « backlash ESG », la réélection de Donald Trump aux États-Unis et les tensions géopolitiques auraient pu laisser penser que le sujet était relégué au second plan. Pourtant, la réalité est plus nuancée : loin de disparaître, la transition se transforme. Elle est désormais portée moins par le seul impératif climatique que par trois moteurs puissants : la souveraineté énergétique, la compétitivité industrielle et l’essor de l’intelligence artificielle. Malgré le bruit politique, les entreprises engagées dans la transition continuent d’investir, d’innover et de déployer leurs solutions. Le marché semble d’ailleurs commencer à le reconnaître.
Le paradoxe américain
Aux États-Unis, l’arrivée de Donald Trump aurait pu être perçue comme un coup d’arrêt brutal. Son discours favorable aux énergies fossiles et sa volonté affichée de remettre en cause certaines politiques climatiques semblaient annoncer un retour en arrière. Pourtant, les marchés ont réagi de façon contre-intuitive : les valeurs liées à la transition énergétique ont rebondi depuis son retour au pouvoir.
Ce paradoxe s’explique par une approche plus pragmatique qu’idéologique. Le nouveau plan budgétaire américain ne supprime pas l’ensemble des soutiens à la transition : il les réoriente vers les technologies maîtrisées par les États-Unis ou jugées stratégiques pour leur industrie. Le nucléaire, les turbines à gaz, la capture carbone, les biocarburants ou encore les réseaux électriques continuent ainsi de bénéficier d’un soutien important.
À l’inverse, les technologies trop dépendantes des chaînes d’approvisionnement étrangères, comme certaines composantes du solaire ou de l’éolien, sont moins favorisées. La transition américaine ne disparaît donc pas : elle devient plus protectionniste et plus industrielle.
Le mouvement de relocalisation va dans le même sens. En reconstruisant des usines sur leur sol, les États-Unis accélèrent indirectement la modernisation énergétique de leur appareil productif. Les nouvelles capacités industrielles intègrent davantage d’efficacité énergétique, d’électrification et de technologies propres. Le reshoring devient ainsi un levier inattendu de transition.
L’IA, nouveau moteur de la demande électrique
L’autre grand accélérateur est l’intelligence artificielle. Le déploiement massif des data centers entraîne une hausse spectaculaire des besoins en électricité. D’après l’Agence internationale de l’énergie (rapport AIE ‘Energy and AI’, avril 2025), l’IA pourrait porter la croissance annuelle de la demande électrique autour de 5 % d’ici 2030, contre 1 à 2 % au cours des dernières années.
Cette pression crée un besoin urgent de nouvelles capacités de production, mais aussi de réseaux plus performants. Les solutions les plus rapidement déployables — solaire, batteries, piles à combustible, réseaux intelligents — retrouvent ainsi un marché adressable très important.
Les grands acteurs technologiques sont directement concernés. Google, Meta ou Amazon doivent sécuriser leur approvisionnement énergétique tout en maîtrisant l’empreinte carbone de leurs infrastructures. Ils investissent donc dans des solutions plus efficaces, des puces moins énergivores et des data centers optimisés. L’IA, souvent présentée comme un risque pour la transition, devient aussi un puissant facteur d’investissement dans les infrastructures énergétiques.
La souveraineté énergétique redevient prioritaire
Les tensions au Moyen-Orient renforcent encore cette dynamique. Le risque pesant sur le détroit d’Ormuz rappelle la dépendance de nombreuses économies aux flux énergétiques mondiaux. Cette prise de conscience est particulièrement forte en Asie, où le Japon et la Corée du Sud accélèrent leurs investissements dans le nucléaire et les renouvelables pour réduire leur exposition aux importations de pétrole et de gaz.
En Europe, le sujet est également de retour. La guerre en Ukraine avait déjà montré la fragilité du continent face à sa dépendance au gaz russe. Depuis, une partie de cette dépendance a été déplacée vers d’autres fournisseurs, notamment le Qatar ou l’Algérie, sans régler la question de fond : l’Europe reste insuffisamment souveraine sur le plan énergétique.
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Achevé de rédiger le 11/05/2026 par l’équipe Actions Climat
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