Expression d’un désintérêt assumé pour l’avenir, « Après moi le déluge » illustre la myopie d’une gouvernance peu exposée aux risques climatiques, notamment aux sécheresses et aux inondations.
Candice Boclé, Directrice Investissement Responsable, Mandarine Gestion
L’eau monte, la gouvernance reste sèche
Selon l’ONG britannique Christian Aid, les dix plus grosses catastrophes climatiques de 2025 ont coûté au moins 120 milliards de dollars (près de 102 milliards d'euros)1. Ce bilan s'élevait à plus de 200 milliards de dollars en 2024.
Le changement climatique se manifeste d’abord par l’eau : trop d’eau, ou pas assez. Parmi les risques systémiques qui s’accumulent dans de nombreuses régions du monde, la disponibilité de l’eau s’impose désormais comme l’un des plus critiques. Inondations, sécheresses, salinisation des sols, tensions sur les nappes phréatiques, fonte des glaciers… l’eau est devenue le premier vecteur visible du dérèglement climatique.
Pourtant, malgré son rôle central, le stress hydrique reste souvent sous-estimé, comme si cette ressource essentielle était infinie ou indéfiniment substituable.
En 2023, les inondations en Italie ont généré plus de 6 milliards d’euros de pertes économiques2. Plus récemment, comme l’ont montré les dernières inondations dans la ville de Valence en Espagne, il arrive que les gouvernements aient besoin d'une catastrophe pour changer les habitudes.
La gestion de l’eau souffre d’un décalage entre les besoins d’investissement et les horizons politiques. Les infrastructures vieillissantes, la surexploitation des nappes et l’absence de planification hydrologique à long terme aggravent la vulnérabilité des territoires.
L'adaptation doit être considérée non seulement comme une question environnementale, mais aussi comme un enjeu de résilience économique et financière. Le défi majeur consiste à orienter les financements vers les zones les plus exposées.
Parmi les exemples de fragilités structurelles, on retrouve la France, où environ 20 % de l’eau potable est perdue dans les fuites de réseau3, les États-Unis, où de nombreuses infrastructures datent des années 19504, entraînant des ruptures fréquentes ; l’Espagne, où la surexploitation agricole a fragilisé des zones protégées comme Doñana5. Ce déficit d’anticipation accroît le risque pour les entreprises et, par extension, pour les investisseurs.
La sécheresse avance, les entreprises piétinent
L’eau est aujourd’hui l’un des risques environnementaux les plus tangibles pour les entreprises. Les manifestations hydriques du changement climatique affectent directement les chaînes de valeur, les coûts opérationnels et la continuité d’activité.
Parmi les sociétés les plus exposées, on retrouve TSMC, leader mondial de la fabrication des semi-conducteurs. La sécheresse de 2021 a nécessité l’acheminement d’eau par camions-citernes pour maintenir la production de puces. L’entreprise a depuis renforcé ses capacités de recyclage et diversifié ses sources d’approvisionnement. Par ailleurs, du côté de Coca-Cola (en Inde), plusieurs sites ont été fermés en raison de conflits locaux liés à l’accès à l’eau. Les communautés estimaient que l’entreprise utilisait trop de ressources hydriques, ce qui a généré des tensions sociales et un risque réputationnel majeur. Plus proche de nous, pour BASF (Groupe chimique allemand), les niveaux historiquement bas du Rhin ont perturbé le transport fluvial, entraînant des interruptions de production et des surcoûts logistiques. Ces cas montrent que l’eau est un risque opérationnel direct, mais aussi un risque stratégique.
Un risque amplifié par les dynamiques technologiques et géopolitiques
L’essor des modèles d’intelligence artificielle génère une demande énergétique massive… et une demande en eau tout aussi importante. Le refroidissement des data centers nécessite des volumes considérables. Selon certaines estimations6, un seul entraînement de modèle de grande taille peut consommer autant d’eau qu’une ville de 10000 habitants en une journée.
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Par Candice Boclé, Directrice de l'Investissement Responsable, Mandarine Gestion
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