Le Portfolio Manager Ian Bettney analyse l’impact de la réforme de Solvabilité II sur différents portefeuilles de titres titrisés dans le cadre du nouveau régime de charges en capital, ainsi que les nouvelles opportunités créées pour les assureurs grâce à une meilleure efficacité du capital.
Les nouvelles exigences de fonds propres pour la titrisation de Solvabilité II : un tournant décisif pour les assureurs
Le mois dernier, la Commission européenne a finalisé les réformes très attendues des exigences de fonds propres de Solvabilité II, applicables aux assureurs, pour les investissements en titrisation. Entrant en vigueur à partir de janvier 2027, cette réglementation constitue un véritable tournant pour la capacité des assureurs européens utilisant le modèle standard à revenir sur le marché de la titrisation. En réduisant fortement le Capital de Solvabilité Requis (SCR)[1] pour certaines titrisations, les nouvelles règles lèvent un obstacle majeur qui tenait les assureurs à l’écart de ce marché depuis plus d’une décennie. Elle offre également un autre canal ciblé pour stimuler la croissance sur le marché européen des titres titrisés.
Un chemin clair vers le marché de la titrisation
L’impact de l’introduction de Solvabilité II en 2016 sur l’appétit des assureurs pour la titrisation a été spectaculaire. Avant sa mise en œuvre, les assureurs étaient des investisseurs clés dans les titrisations européennes. Avant Solvabilité II en 2010, environ 8 % des portefeuilles d’obligations des assureurs européens étaient investis dans des actifs titrisés (figure 1), constituant une part importante de la demande des investisseurs en ABS.
Dans la période précédant la mise en œuvre de Solvabilité II, les assureurs ont considérablement réorienté leurs investissements, délaissant les produits titrisés. Selon une étude de l'Association des marchés financiers en Europe (AFME), les titrisations représentent désormais moins de 1 % des actifs investis totaux des assureurs européens – seulement 1,6 % de leurs portefeuilles d'obligations.[2]
À l'inverse, les assureurs américains ont continué d'investir massivement dans ce secteur. Dans le cadre du régime de capital plus raisonnable de la National Association of Insurance Commissioners (NAIC), les assureurs-vie américains allouent actuellement environ 15 % de leurs actifs totaux au crédit titrisé, soit cinq à dix fois la part observée en Europe (figure 1). Cela fait des assureurs américains aujourd'hui parmi les plus grands investisseurs sur le marché mondial des CLO (Titres adossés à des prêts), détenant environ 25 à 30 % des CLO américains en circulation.[3]
Cette divergence d’expérience entre les deux rives de l’Atlantique souligne l’influence des règles de capital sur les décisions d’investissement : lorsque le traitement en capital est adapté, les assureurs manifestent clairement un appétit pour les titrisations.
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Par Ian Bettney, Portfolio Manager
[1] Ceci précise le montant de capital qu’un assureur doit détenir pour résister aux événements extrêmes du marché afin de pouvoir continuer à opérer et à répondre aux demandes d’indemnisation avec un degré élevé de confiance.
[2] Source : Janus Henderson Investors, au 19 novembre 2025.
[3] Source : US NAIC Capital Markets Bureau, au 31 décembre 2023.
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