L’incertitude macroéconomique mondiale continue d’influencer les marchés de capitaux, tandis que l’évolution de la réglementation et l’intensification des exigences en matière de gestion des risques redéfinissent la manière dont les assureurs allouent leur capital et renforcent leur résilience. Dans ce contexte, Ghislain Périsse, Responsable Monde des Solutions Assurantielles, explore cinq thèmes clés qui devraient façonner le paysage de l’investissement pour les compagnies d’assurance en 2026.
Principales convictions :
- Les écarts persistants d’inflation, l’évolution de la dynamique du crédit et la divergence des politiques régionales obligent les assureurs à réévaluer leur stratégie de diversification - en termes de géographie, de qualité de crédit et de duration - tout en maintenant la rentabilité des capitaux.
- Le risque de concentration sur les actions américaines, des valorisations tendues et l’incertitude géopolitique soulignent l’intérêt d’une plus grande exposition à l’Europe et à l’Asie, ainsi que de stratégies actives capables de capter la dispersion et de gérer le risque de baisse.
- Les réformes en cours de Solvabilité II encouragent les investissements à plus long terme, tandis que le crédit non-côté, les infrastructures et l’immobilier deviennent des sources clés de revenus stables et de résilience au sein des portefeuilles des assureurs.
1. De la diversification au sein d’un monde fragmenté
Nous pensons que le principal défi en matière d'investissement en 2026 sera la volatilité, qui sera davantage structurelle que cyclique. Les écarts d'inflation persistants entre les régions, l'évolution de la dynamique du crédit et les nouvelles contraintes réglementaires ont rendu les modèles de diversification traditionnels moins fiables. Par conséquent, les assureurs se diversifient de manière plus délibérée, tant sur le plan géographique qu'en termes de qualité de crédit et de maturité, tout en restant étroitement alignés avec leur passif.
Dans l’univers obligataire, les spreads des obligations investment grade se sont resserrés, incitant les investisseurs en quête de rendement à se tourner vers d'autres segments du spectre du crédit. Les titres high yield européens et asiatiques, y compris certains émetteurs chinois, offrent désormais des perspectives de rendement plus élevées, ainsi que des avantages en termes de diversification. Sur les marchés émergents, les obligations asiatiques investment grade offrent un équilibre intéressant entre qualité et rendement, soutenu par des fondamentaux solides et une gestion budgétaire prudente. Pour les assureurs européens qui gèrent des passifs de long terme, la diversification des échéances est également devenue plus importante, car la volatilité des taux et les variations de la courbe des taux compliquent la gestion de la duration.
D’après nous, il ne s'agit pas d'une diversification en tant que telle, mais d'une réponse mesurée à un environnement de marché mondial plus fragmenté. La distinction traditionnelle entre la dette souveraine core et périphérique s'est estompée, car des marchés autrefois plus risqués, tels que le Portugal et la Grèce semblent plus stables que certaines grandes économies fortement endettées.
Parallèlement, l'Asie offre une résilience supplémentaire grâce à des dettes quasi souveraines et d'entreprises soutenues par des fondamentaux solides. Pour les assureurs, l'une des principales priorités en 2026 sera de constituer des portefeuilles capables de faire face aux divergences régionales, tout en maintenant une allocation de capital efficiente.
2. L'évolution de l'exposition aux actions : géopolitique et IA au centre des préoccupations
Le paysage géopolitique a radicalement changé. Les politiques commerciales et industrielles des États-Unis restent imprévisibles, l'Europe continue dans sa quête d’équilibre entre transition énergétique et compétitivité, tandis que l'autonomie stratégique croissante de l'Asie remodèle les modèles commerciaux mondiaux. Dans le même temps, l'essor de l'intelligence artificielle (IA) dans tous les secteurs est devenu un facteur déterminant sur les marchés boursiers mondiaux. Ensemble, ces dynamiques accentuent la dispersion et la volatilité, créant à la fois des risques et des opportunités pour les allocations en actions des assureurs.
La performance des actions américaines reste tirée par une poignée de grandes valeurs technologiques, dont les valorisations semblent de plus en plus tendues, ce qui accentue le risque de concentration. Par conséquent, la diversification géographique et la sélectivité deviennent plus importantes du point de vue de la gestion des risques. Une hausse des allocations en Europe et en Asie pourrait contribuer à équilibrer le risque du portefeuille, car ces deux régions offrent un éventail plus large d'opportunités en termes de valorisation et de secteurs. Si l'exposition globale aux actions américaines peut justifier une modération, certaines opportunités sélectives subsistent. Par exemple, les petites et moyennes capitalisations américaines offrent des alternatives plus axées sur le marché domestique, généralement moins sensibles aux tensions commerciales mondiales et à la volatilité des devises, et potentiellement mieux placées pour tirer parti de la résilience de l'économie nationale.
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Par Ghislain Perisse, Responsable des Solutions Assurantielles pour l'Europe,
Fidelity International
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