• La capacité des actifs financiers à survoler les tensions géopolitiques est décidément remarquable : aucune des menaces du Président américain, que ce soit à l’égard de l’Iran ou du Groenland, n’ont jusqu’à présent amené les marchés financiers à entrer dans un régime prolongé d’aversion au risque, si l’on met de côté l’or qui évolue sur ses plus hauts historiques.
• Les marchés demeurent focalisés sur la macroéconomie traditionnelle. Ainsi, le taux 10 ans souverain américain repasse au-dessus des 4,20%, porté par les bonnes statistiques conjoncturelles et la légère hausse du baril de pétrole, tandis que le Bund allemand termine sans grand mouvement. Les marchés actions ne souffrent pas ou peu sur la semaine.
• L’absence de prime de risque géopolitique va-t-elle durer ? C’est la question qu’on peut légitimement se poser alors que le Président américain a menacé ce weekend les pays européens en soutien au Groenland et au Danemark (dont la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni) de 10% de droits de douane supplémentaires à partir du 1er février (et 25% à partir du 1er juin) si aucun accord sur « l’achat » du Groenland n’est trouvé, remettant sur le devant de la scène la guerre commerciale. En réaction, le Parlement européen met en pause la ratification de l’accord commercial signé cet été entre la Commission Européenne et les États-Unis (qui prévoit notamment l’exemption totale de droits de douane des exportations américaines), et la France a proposé le déclenchement de l’instrument anti-coercition, qui vise à protéger les États membres de l’UE contre la coercition économique exercée par des pays tiers.
Les nouvelles macroéconomiques de la semaine
• Aux États-Unis, les chiffres d’inflation de décembre, identiques à ceux de novembre (2,7% sur le champ total, 2,6% sur le champ hors énergie et alimentation) confirment que l'économie américaine n'engendre pas de tensions inflationnistes par elle-même. Quasi tout l'excès d'inflation est logé désormais dans la catégorie des biens manufacturés sur lesquels l’effet des droits de douane plafonne. On peut estimer qu'entre avril et décembre 50% des droits de douane sont passés dans les prix des biens manufacturés, ce qui est un taux de transmission cohérent avec ce qu'indiquent les entreprises dans les enquêtes de conjoncture. Du côté des services, l’inflation est revenue sur des niveaux habituels qu'on observait avant la crise Covid. Nous prévoyons que l’inflation devrait revenir proche de la cible des 2% en fin d'année, ce qui justifierait d'assouplir à ce moment là encore marginalement la politique monétaire.
• Les dernières données sur l’activité économique montrent d’ailleurs qu’il n’y a pas d’urgence à assouplir la politique monétaire. Premièrement, le dynamisme des ventes au détail de novembre illustre encore une fois la bonne tenue de la consommation des ménages. Deuxièmement, les données à haute fréquente ne suggèrent pas d’affaiblissement supplémentaire du marché du travail. Troisièmement, le secteur résidentiel, qui constitue la poche de faiblesse de l’économie américaine depuis début 2025, pourrait avoir passé son creux au 4ème trimestre, aidé par la détente des taux hypothécaires.
• Du côté de la zone Euro, les dernières statistiques conjoncturelles de novembre étaient également plutôt bien orientées, avec une balance commerciale qui résiste assez bien face aux droits de douane américains et une production industrielle en croissance, y compris en Allemagne qui a effacé son creux historique atteint cet été. La zone Euro terminera donc probablement l’année sur une croissance satisfaisante de l’ordre de celle du troisième trimestre (+0,3% soit 1,2% en annualisé), ce qui crée une rampe de lancement favorable pour l’activité économique en 2026 que nous prévoyons en légère accélération à 1,4% sur l’année.
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