Fondateur de Lux Heritage, Michel Stofer retrace son parcours international et partage sa vision d’une gestion de patrimoine indépendante, exigeante et tournée vers le long terme.
Michel Stofer, fondateur de Lux Heritage
Pouvez-vous nous exposer votre parcours professionnel et ce qui vous a inspiré à vous orienter vers la gestion de patrimoine ?
Ingénieur de formation, j’ai débuté ma carrière à Londres au sein de BNP Paribas CIB, dans une équipe en charge du contrôle des risques et de la valorisation de produits dérivés.
J’ai toutefois rapidement souhaité me rapprocher d’une finance plus concrète et tournée vers le client. J’ai donc quitté la banque pour reprendre mes études via un MBA entre la France et les États-Unis.
À l’issue de cette formation, j’ai rejoint un Multi Family Office comme gérant multi-actifs, avant d’en devenir Partner.
Cette autre expérience a été déterminante. Elle m’a permis de développer une vision globale de l’investissement et de travailler au plus près d’une clientèle haut de gamme.
Avec le temps, l’envie d’entreprendre s’est imposée naturellement. Si la gestion de patrimoine n’était pas la seule voie envisagée, elle s’est rapidement imposée comme la plus cohérente au regard de mon parcours et de mes compétences.
J’ai ainsi fondé Lux Heritage à Paris en 2023, puis cofondé Riviera Gulf Investment à Dubaï en 2025, aux côtés de partenaires locaux avec l’ambition de proposer une approche exigeante, internationale et alignée avec les intérêts des clients.
Comment décririez-vous votre cabinet aujourd’hui en termes de services, valeurs, et objectifs principaux ?
Le cabinet s’inscrit dans une philosophie d’investissement inspirée des grands investisseurs institutionnels, reposant sur une remise en question du portefeuille traditionnel « 60 / 40 ».
L’objectif est de construire une allocation plus diversifiée intégrant des stratégies alternatives (private equity, hedge funds, actifs réels, etc.), capable de s’adapter aux cycles de marché, en intégrant notamment des stratégies moins traditionnelles lorsque cela est pertinent.
Cette approche s’accompagne des services traditionnels de la gestion patrimoniale (structuration, considération fiscale, transmission), mais avec une volonté claire de différenciation dans la construction des portefeuilles.
Au-delà des solutions proposées, la société se distingue par ses valeurs : une forte exigence d’indépendance dans la sélection des produits, une transparence accrue vis-à-vis des clients, et une approche véritablement centrée sur leurs intérêts de long terme. L’objectif principal n’est pas seulement de délivrer de la performance, mais de construire des stratégies patrimoniales lisibles et pérennes, capables d’accompagner les clients sur le long terme.
Comment percevez-vous l’évolution des réglementations sur votre métier et quelles adaptations envisagez-vous pour répondre à ces changements ?
Si réglementer s’avère utile pour limiter de potentiels abus, une surrèglementation nuit au développement d’une activité.
Or l’évolution actuelle des réglementations dans le métier de la gestion patrimoniale se perçoit de plus en plus comme une contrainte croissante, déconnectée parfois de la réalité du terrain.
D’abord, on assiste à une inflation normative permanente (MIFID II, DDA, etc.) qui complexifie l’exercice du métier. Chaque nouvelle règle ajoute une couche administrative supplémentaire : davantage de questionnaires, de reportings, de procédures de conformité… au détriment du cœur du métier, qui est le conseil et la relation client. On peut avoir le sentiment de passer d’un rôle de conseiller à celui d’exécutant réglementaire.
Par ailleurs, il y a aussi un enjeu économique non négligeable : le coût de mise en conformité explose (outils, audits, formations, temps passé). Cela pèse particulièrement sur les structures indépendantes, qui n’ont pas les moyens des grands réseaux. À terme, cela favorise une concentration du marché et fragilise l’indépendance des structures plus petites.
Face à ce constat, il est indispensable de s’adapter, notamment en structurant davantage les processus et en s’appuyant sur des outils adaptés. La contrainte réglementaire fait désormais partie intégrante du métier.
Quelle est votre approche en matière d’investissement socialement responsable, et comment cela s’intègre-t-il dans vos recommandations ?
Mon approche en matière d’investissement socialement responsable se veut avant tout pragmatique et fondée sur l’analyse.
Ayant participé au lancement de la plateforme ESGforInvestors.com, j’ai développé la conviction que l’ESG peut être créateur de valeur à long terme à condition d’être appliqué de manière rigoureuse. En effet, dans certains cas, l’amélioration de métriques ESG spécifiques (e.g. émissions carbone, diversité du board) peut significativement augmenter la valeur d’entreprise.
Néanmoins, toutes les stratégies ne se valent pas, ce qui impose d’aller au-delà des approches purement marketing pour privilégier une sélection soignée des gérants sur des facteurs réellement matériels et non dogmatiques.
J’intègre également les préférences des clients, car l’investissement responsable reste en partie une démarche personnelle. Mon rôle est de traduire ces convictions dans des allocations cohérentes, sans compromettre la qualité globale du portefeuille.
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