Les marchés sous-estimeraient ils l’impact macroéconomique du choc pétrolier ? Les investisseurs pourraient minimiser à la fois sa durée et sa nature non linéaire : plus les prix du pétrole restent élevés, plus le frein cumulatif sur la croissance s’accentue. De plus, les chocs deviennent disproportionnellement plus déstabilisants à mesure que les prix augmentent, un baril au-dessus de 100 dollars ayant des conséquences macroéconomiques bien plus importantes.
→ Les réserves stratégiques s’épuisent. Le principal mécanisme permettant d’absorber le déficit d’environ 15 millions de barils par jour pourrait être épuisé en quelques mois, après quoi la pression haussière sur les prix du pétrole et la destruction de la demande s’intensifieront à mesure que le coût élevé de l’énergie se diffuse auprès des ménages, des entreprises et des industries en aval.
→ L’impact du choc varie fortement selon les régions. L’Europe risque de voir sa croissance freinée; l’Asie bénéficie encore du soutien de la dynamique liée aux investissements dans l’IA; les États-Unis apparaissent comme la zone la plus fragile, en raison d’un endettement élevé, d’une épargne excédentaire désormais largement épuisée et d’un modèle de croissance excessivement dépendant de la confiance des marchés et de la poursuite des investissements dans l’intelligence artificielle.
→ Si la vague d’investissement dans l’IA constitue aujourd’hui un pilier de résilience, elle représente également une source de vulnérabilité. Les 800 milliards de dollars de capex (dépenses d’investissement) prévus pour 2026 sont inflationnistes ; la création de valeur bénéficie de manière disproportionnée aux fournisseurs asiatiques; les flux de trésorerie disponibles des hyperscalers (géants du cloud) se détériorent; enfin, le cycle repose sur l’hypothèse d’un capital abondant et peu coûteux, une condition qui pourrait ne pas perdurer.
→ Le « dollar smile1 » s’aplatit progressivement. Le dollar américain perd sa capacité traditionnelle à s’apprécier tant en période d’appétit pour le risque que d’aversion au risque. Dans un contexte de dédollarisation croissante, de fragmentation géopolitique et de diversification des réserves, le statut de valeur refuge du dollar s’érode et les rendements américains deviennent moins constants et attractifs. Cette tendance se reflète dans l’appréciation inhabituellement modérée du dollar lors du récent choc pétrolier, ce qui suggère un rôle structurellement affaibli en période de tensions mondiales.
Les marchés anticipent un soulagement, pas à une récession
Deux mois après le début du choc, les marchés continuent d’adopter un scénario constructif selon lequel la hausse des prix du pétrole resterait temporaire. Ce point de vue repose sur l’hypothèse d’une résolution rapide du conflit, d’une normalisation des flux pétroliers et, plus largement, d’une tendance à minimiser les conséquences macroéconomiques potentielles de la crise. Autrement dit, les investisseurs ne valoriseraient pas pleinement la dimension récessionniste de la situation, c’est-à-dire la composante « stag » de la stagflation, qui se traduirait par une croissance plus faible. À nos yeux, comme souvent dans les conflits par définition difficiles à prévoir, les marchés pourraient sous-estimer deux dimensions essentielles : la durée et la non-linéarité du choc.
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