Cela fait maintenant plus de trois mois que le monde a les yeux rivés sur le détroit d'Ormuz. Trois mois, trois chocs : un choc géopolitique qui rebat les cartes de l'ordre mondial, un choc sur l'organisation de l'offre de pétrole et, enfin, des taux souverains qui en portent les stigmates.
Jusqu'ici, l'impact sur les prix du pétrole reste contenu, grâce à plusieurs amortisseurs qui ont permis de réduire le déficit (ports et pipelines alternatifs, hausse des exportations des États-Unis et libération de réserves stratégiques). À cela viennent s'ajouter, ou se substituer, une hausse de la production hors OPEP (+1,6 Mb/j) et des exportations, et surtout une baisse des importations ailleurs, en particulier en Chine (-3,5 Mb/j), la hausse des prix détruisant une partie de la demande. Les courbes futures du Brent semblent dessiner un niveau moyen proche de 90 $, ce qui reste absorbable pour l'économie mondiale.
Sur le front géopolitique, la séquence reste, selon nous, orientée vers la désescalade. L'augmentation du nombre de tankers circulant à travers le détroit, ainsi que l'élargissement du cercle des médiateurs, initialement limité au Pakistan, constituent des signaux encourageants. Les positions de chaque partie se dessinent progressivement : dégel des avoirs, péage maritime, stock d'uranium enrichi, levée de l'embargo… Ces revendications sont difficilement réconciliables dans l'immédiat, mais s'affinent. Seule une réouverture du détroit semble faire consensus. Le chemin vers un accord ne sera pas linéaire, comme l'illustrent les derniers affrontements, avec pour principal point de tension les velléités d'Israël au Liban.
L'impact sur l'économie américaine demeure relativement limité. Cette résilience tient à l'éloignement géographique des États-Unis du théâtre des opérations, mais aussi à leur indépendance énergétique. L'investissement demeure soutenu, notamment dans les technologies de l'information. Du côté des ménages, malgré une confiance érodée, la consommation reste résiliente. Une consommation objectivement soutenue par les cadeaux fiscaux votés l'année dernière dans le cadre du One Big Beautiful Bill Act, pour 3 500 Mds$, qui, par nature, bénéficient à ceux qui paient des impôts. Cela nous renvoie à cette économie à deux vitesses, tirée par les plus aisés. Un phénomène qui s'autoentretient grâce à la hausse du marché actions et à son effet de richesse.
Sur le vieux continent, la croissance débute l'année sur une note morose (+0,1 % au T1) et les espoirs de reprise s'amenuisent. Le ralentissement a jusqu'à présent surtout touché les services, mais l'industrie pourrait rapidement suivre. La bonne tenue des PMI manufacturiers s'explique par des commandes de précaution, par crainte de pénuries. Parallèlement, la confiance des consommateurs s'est nettement dégradée, alors que la hausse des prix de l'énergie pèse. Le choc anéantit les espoirs de voir les taux d'épargne baisser (proche de 15 % !) … Les plans de relance de la Commission européenne et de l'Allemagne devraient toutefois contribuer à amortir l'impact du choc, bien que ceux-ci prennent du retard dans leur déploiement.
Comme pour la croissance, le choc énergétique est généralisé, mais son ampleur varie selon les régions. L'inflation et les prix à la production se tendent à l'échelle mondiale, atteignant 6 % aux États-Unis. Dans ce contexte, les banques centrales restent prudentes et privilégient le statu quo afin d'évaluer l'ampleur des perturbations, notamment le risque d'effets de second tour (inflation salariale). La Fed, forte de son double mandat, dispose de plus de marge de manœuvre, se concentrant sur une vision de long terme, notamment autour de l'emploi. À l'inverse, la BCE se focalise sur la stabilité des prix. Celle-ci devrait relever ses taux dès juin, au risque que ce resserrement " tactique " apparaisse a posteriori comme une erreur de politique monétaire.
Après le trou d'air du mois de mars, l'indice MSCI World a gagné 4,4 % en mai, après avoir progressé de 10,2 % en avril. Il s'agit de sa meilleure séquence sur deux mois depuis le rebond post-Covid de 2020. Le S&P 500 est au bord du bull market, soit une progression de près de 20 % depuis son point bas, contre plus de 30 % pour le Nasdaq. Le rebond est plus limité pour l'Euro Stoxx 50, qui ne renoue pas encore avec ses plus hauts. Dans le même temps, le Brent s'est rapproché des 90 dollars après avoir reculé de 19 % en mai, soit sa plus forte baisse mensuelle depuis mars 2020 et le début de la pandémie. Les perspectives de BPA restent nettement orientées à la hausse pour 2026-2027, tandis que les valorisations reviennent vers leurs moyennes à 5 ans.
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