Sans surprise, la Banque centrale américaine a de nouveau laissé ses taux inchangés le 17 juin dernier. Plus que la décision elle-même, l’attention s’est portée sur les premiers pas de Kevin Warsh en tant que nouveau président de la Fed, lors d’une conférence de presse abordée avec un style très personnel qui tranche avec celui de ses prédécesseurs. Une actualité qui coïncide également avec la signature d’un protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran la semaine dernière et les espoirs de réouverture du détroit d’Ormuz. Dans ce contexte, quel regard porter sur cette réunion et quels scénarios dresser pour les prochains mois ?
Florent Wabont, économiste chez Ecofi
La Fed a donc maintenu ses taux directeurs inchangés sur une fourchette comprise entre 3,50 % et 3,75 % à l’issue de sa réunion du 17 juin dernier. Il convient par ailleurs de noter que, contrairement aux précédentes, cette décision a été unanime et n’a fait l’objet d’aucun désaccord, y compris s’agissant des éléments de langage employés. Notons également qu’avec l’arrivée de Kevin Warsh, Stephen Miran (proche de Donald Trump et membre votant remplaçant jusqu’à présent) ne siège plus au sein du comité de politique monétaire. Jerome Powell y siège désormais comme « simple » gouverneur et membre votant.
L’actualisation des projections économiques de la Fed situent désormais l’inflation à 3,6 % pour 2026 (+0,9 % par rapport aux prévisions de mars dernier), 2,3 % pour 2027 (+0,1 %) et à 2 % pour 2028 (inchangée). La croissance du PIB est, quant à elle, attendue à 2,2 % pour 2026 (-0,2 %), à 2,3 % pour 2027, à 2,1 % pour 2028 (+0,1 %) puis à 2 % au-delà. A horizon identique, la version hors énergie et alimentation est attendue à 3,3% (+0,6%), 2,5% (+0,2%) et à 2,1% (+0,1%). Le taux de chômage est prévu à 4,3 % pour 2026 (-0,1%), 4,3 % pour 2027 et 4,2 % ensuite. Les dots – prévisions anonymes du niveau des taux directeurs par chacun des membres de la Fed, y compris les non-votants – se sont resserrés. Sur les 18 prévisions formulées, neuf participants considèrent désormais qu’une ou plusieurs hausses de taux seraient appropriées en 2026, alors que la médiane des projections de mars suggérait encore une baisse possible. À cet égard, soulignons que Kevin Warsh s’est abstenu de participer à cet exercice, conformément aux critiques qu’il a souvent adressées à l’encontre de cet outil de communication et compte tenu de l’incertitude actuelle. Dans la même ligne, le communiqué de presse accompagnant cette décision de statu quo sur les taux s’est avéré particulièrement court et laconique, se contentant de noter la résilience de l’économie américaine, celle du marché de l’emploi, et le niveau élevé de l’inflation dû en partie à la guerre en Iran.
L’événement le plus attendu était sans nul doute la première conférence de presse de Kevin Warsh. Ce dernier s’est voulu fidèle à ses propos antérieurs en se montrant particulièrement évasif quant aux perspectives d’évolution possible de la politique monétaire, de l’inflation et de l’emploi. Kevin Warsh met donc délibérément fin à la forward guidance (communication sur l’orientation future de la politique monétaire), adoptée par ses prédécesseurs depuis les années 2000, mais une question demeure néanmoins : est-ce une attitude temporaire et opportune motivée par l’incertitude géopolitique ou bien le début d’un changement de paradigme profond ?
Par ailleurs, autre fait marquant, cinq groupes de travail (task force) vont être constitués dans le but de mener des réflexions de fond sur des sujets structurants pour la Fed : la communication (incluant une réflexion sur l’utilisation du dot plot), l’utilisation du bilan de la banque centrale, la pertinence et la qualité de la donnée (visant par exemple à collecter l’évolution des prix de manière plus fréquente), la productivité (en lien notamment avec l’IA) et les méthodes d’évaluation de l’inflation (liées au mandat de stabilité des prix).
Pistes de réflexions à l’issue de cette réunion
Cette première conférence de presse pose les bases d’un changement profond au sein de la Fed, notamment en matière de communication. Quelques éléments ont toutefois particulièrement attiré notre attention.
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Par Florent Wabont, Economiste chez Ecofi
