[Editorial] : La biodiversité au cœur des enjeux
Depuis plusieurs années, la prise de conscience de la dégradation de la biodiversité et de nos écosystèmes, entraînant des conséquences notables sur nos modes de vie et nos systèmes économiques, s’accentue. L’extinction accélérée des espèces, la perte de terres et de ressources naturelles ainsi que les menaces pesant sur les écosystèmes essentiels engendrent des risques économiques significatifs. Ces dangers incluent la perturbation des chaînes d’approvisionnement, l’augmentation des coûts des matières premières et des pertes pour de nombreux secteurs économiques dépendant de la nature, tels que l’agriculture et la pêche, essentiels pour la sécurité alimentaire mondiale.
Valérie DEMEURE, Directrice Analyse ESG
Ofi Invest Asset Management place les valeurs humaines et la protection de l’environnement au cœur de sa stratégie responsable, inspirée par ses actionnaires historiques mutualistes. Notre objectif est d’accompagner les investisseurs dans leur démarche d’investissement responsable. Face à la diversité des attentes extra-financières, nous offrons une large gamme de solutions d’investissements responsables, de services d’accompagnement et de reporting adaptés aux enjeux du développement durable1, en accord avec la réglementation.
Entre 2020 et 2022, Ofi Invest Asset Management a mené une campagne d’engagement sur la pollution plastique et les océans auprès de 20 émetteurs, en collaboration avec la Surfrider Foundation Europe. Depuis Ofi Invest Asset Management a rejoint VBDO2, association néerlandaise axée sur le développement durable, pour poursuivre son dialogue avec quelques émetteurs.
BILAN 2024
L’agenda international et réglementaire du dernier trimestre 2024 a été marqué par une absence de consensus sur divers sujets liés à la lutte contre la perte de biodiversité. La COP163 a notamment buté sur la question des financements et les négociations sur le traité international contre la pollution plastique ont échoué. De plus, la Commission européenne a reporté d’un an la loi sur la déforestation importée. Malgré ces échecs, certains accords ont été trouvés, tels que le juste partage des ressources génétiques, une meilleure prise en compte des droits des populations autochtones, l’identification des zones protégées en haute mer et la reconnaissance de l’interdépendance entre biodiversité, changement climatique4 et populations.
Du côté des investisseurs, une prise de conscience s’est opérée ces deux dernières années, avec une volonté réelle de structurer les démarches et de disposer d’indicateurs pour mesurer l’empreinte des portefeuilles. L’objectif est de lutter efficacement contre la perte de biodiversité et d’orienter les flux de capitaux au bon endroit. Cependant, il est difficile de trouver des indicateurs de mesures d’impact comparables aux émissions de CO₂ pour le climat. La réflexion porte davantage sur les leviers d’action face aux facteurs de pression sur la biodiversité identifiée par l’IPBES, l’équivalent du GIEC pour le climat.
En France, l’ADEME a publié début 2024 un guide à destination des investisseurs pour structurer leur démarche en matière de lutte contre la biodiversité et en rendre compte dans leur rapport article LEC 29 (loi Énergie Climat). Des progrès ont également été enregistrés sur des cadres internationaux, avec la mise à jour de la base de données ENCORE5 et la structuration de guides sectoriels par la Taskforce on Nature-related Financial Disclosures (TNFD). Cette initiative mondiale vise à encourager les entreprises et les institutions financières à évaluer, gérer et divulguer leur impact sur la nature ainsi que leur exposition aux risques liés à la biodiversité.
PERSPECTIVES 2025 : UN DÉBUT ENCOURAGEANT
Après les échecs de la COP16, les pays membres de la Convention pour la diversité biologique ont trouvé fin février 2025 un compromis sur la création d’un « mécanisme financier permanent » qui verra le jour en 2030. L’objectif est de mobiliser 200 milliards de dollars par an d'ici là.
En plus des financements, la mobilisation des ressources techniques et des capacités pour soutenir les initiatives de biodiversité est essentielle.
Pour atteindre les objectifs de l’accord Kunming Montréal, il faudra donc s’accorder sur l’inclusion des savoirs autochtones dans les stratégies de conservation de la biodiversité, et sur la protection des écosystèmes critiques tels que les forêts tropicales, les récifs coralliens et les zones humides, qui jouent un rôle vital dans la régulation du climat et la préservation de la biodiversité.
2025 sera aussi consacrée à la protection de l’océan, des mers et des ressources marines avec la 3e conférence des Nations unies sur l’Océan, qui se tiendra en juin à Nice.
Enfin, l’été sera marqué par la poursuite des négociations sur le traité international contre la pollution plastique, avec pour objectif l’instauration d’un cadre juridiquement contraignant couvrant l'ensemble du cycle de vie du plastique.
Autant de sujets qui traduisent l’urgence d’agir et de trouver des solutions pour protéger la biodiversité.
Valérie DEMEURE, Directrice Analyse ESG
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