La situation géopolitique récente au Moyen-Orient rappelle une nouvelle fois la fragilité de l’équilibre énergétique mondial. Les événements survenus depuis 10 jours dans l’une des zones les plus stratégiques de la planète pour l’approvisionnement en pétrole et en gaz ont immédiatement fait réagir les marchés.
Le Moyen-Orient demeure le cœur battant du système pétrolier mondial. Lorsqu’il s’embrase, c’est l’ensemble de l’architecture énergétique globale qui vacille. Le pétrole dépend directement des routes maritimes de la région, tandis que le marché du gaz est exposé via le Qatar, l’un des principaux fournisseurs mondiaux. Et, comme à chaque crise, l’effet ne s’est pas fait attendre : les prix se tendent, l’incertitude s’accroît et nos dépendances structurelles réapparaissent au grand jour.
L’Europe est aujourd’hui la zone économique la plus exposée au risque énergétique mondial. C’est précisément cette vulnérabilité, révélée par la géopolitique, confirmée par les marchés, amplifiée par la structure même du mix énergétique européen, qui renforce la thèse d’investissement que nous défendons depuis longtemps : accélérer la souveraineté énergétique, l’électrification et le développement massif d’infrastructures bas‑carbone, capables de rendre l’Europe moins dépendante, plus résiliente, plus compétitive et mieux armée face aux chocs à venir.
Trois blocs face à la crise, trois stratégies, trois destins différents
Les États-Unis sont peu affectés par la crise sur le plan énergétique. Leur production couvre leurs besoins et leur objectif est d’exploiter leur situation d’exportateur net. L’énergie est désormais un outil à part entière. Les Etats-Unis ne se contentent plus d’être autosuffisants, ils veulent peser sur leurs alliés, contrôler les chaînes d’approvisionnement, structurer les dépendances futures.
La Chine adopte une stratégie différente : sécuriser son énergie à court terme tout en construisant sa souveraineté sur le long terme. Son mix énergétique repose aujourd’hui majoritairement sur le charbon (autour de 50%), 20 % sur le pétrole et moins de 10 % sur le gaz.
Le renouvelable représente environ 15 % et le nucléaire 3 %. Pékin investit avec la même intensité sur ces deux leviers : le renouvelable, solaire et éolien, domine aujourd’hui par sa vitesse d’installation, le nucléaire rattrapera une partie de son retard dans les quinze prochaines années sans pour autant assurer à lui seul l’indépendance énergétique du pays.
Rappelons que la Chine est déjà le premier producteur mondial d’énergie renouvelable. Si elle importe son gaz et son pétrole principalement du Moyen‑Orient et de la Russie, elle tire parti de sa proximité stratégique avec Moscou pour sécuriser ses approvisionnements et négocier de meilleures conditions. La clé, pour Pékin, est simple : atteindre l’indépendance énergétique d’ici 2060 en combinant renouvelable, nucléaire et alliances géopolitiques.
Point de vigilance néanmoins : la Chine reste exposée aux tensions au Moyen-Orient en raison de ses réserves limitées, estimées aujourd’hui à une vingtaine de jours.
L’Europe est la grande perdante : elle importe environ 60 % de son énergie notamment pétrole, gaz et charbon. Le nucléaire pèse un peu plus de 10 %, grâce à la France, le charbon environ 15 %. Elle a réduit drastiquement les importations russes depuis 2022, ce qui la rend très dépendante de forces extérieures : les États-Unis et le Moyen‑Orient.
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Nicolas Rochon, Fondateur & CEO, RGREEN INVEST
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