Plusieurs banques centrales se sont réunies la semaine dernière, dont la Fed et la BCE. Leurs décisions et les discours associés ont-ils été de nature à modifier le scénario central d'Ecofi et leurs prévisions ?
Florent Wabont, Economiste chez EcofiLe bal s’est ouvert le 29 octobre avec la réunion de la Banque centrale américaine (Fed). Sans surprise, cette dernière a une nouvelle fois décidé de réduire ses taux directeurs. Après une première baisse en septembre, ceux-ci se situent désormais sur une fourchette comprise entre 3,75% et 4%, contre 4%-4,25% précédemment.
Notons toutefois que deux des membres du comité de politique monétaire ont décidé de voter contre cette décision. Tout comme lors de la réunion de septembre, Stephen Miran, conseiller économique de Donald Trump et membre remplaçant jusqu’en janvier 2026, s’est prononcé en faveur d’une baisse plus importante de 0,50%. A contrario, Jeffrey Schmid, président de la Fed de Kansas City, aurait préféré que la Fed ne baisse pas ses taux. Ces dissensions ne sont pas anecdotiques et reflètent à leur manière la position délicate dans laquelle se trouve actuellement la Banque centrale américaine.
Le mandat de la Fed est double : garantir la stabilité des prix avec une cible de 2% d’inflation et favoriser un taux d’emploi maximum. La séquence de baisse des taux initiée en septembre répond à la détérioration du marché du travail observée ces derniers mois, mettant en péril la deuxième partie du mandat. Cependant, l’inflation demeure encore autour des 3%, que l’on regarde l’indice des prix à la consommation (CPI ; ressorti à 3% sur un an en septembre) ou le déflateur de la consommation des ménages (PCE ; 2,7% en août), dans le sillage d’une augmentation de l’inflation de certaines catégories liées aux droits de douane. Ce dilemme, Jerome Powell l’a laissé transparaître dans son discours teinté d’une grande prudence sur la trajectoire à venir des taux directeurs, au grand dam des marchés et d’une partie du consensus qui anticipaient une baisse quasi certaine en décembre. La Fed reste fidèle à sa posture de « dépendance à la donnée » mais brouille la visibilité, dans un contexte marqué par un manque de statistiques officielles en raison du shutdown.
Jerome Powell a également annoncé la fin prochaine du programme de réduction du bilan de la Fed (quantitative tightening). Les tensions récemment observées sur le financement interbancaire devraient ainsi s’atténuer, grâce à une liquidité un peu plus ample. Avons-nous été surpris par la tournure de cette réunion ? Non. L’emploi s’est détérioré et le marché du travail semble figé, c’est un fait, mais les données n’augurent pas d’une rupture franche et reflètent probablement davantage les effets négatifs de la politique de Donald Trump (voir ici et ici). En l’absence de statistiques officielles à cause du shutdown, les données « alternatives » prennent le relais. Celles-ci, principalement issues d’enquêtes ou de fournisseurs privés, ne coïncident pas avec l’idée d’une dégradation marquée du marché du travail sur les deux derniers mois, corroborant ainsi notre thèse. À titre d’exemple, les ménages américains se sont montrés un peu moins négatifs en octobre s’agissant de leur perception du marché de l’emploi, selon l’enquête du Conference Board. Concernant l’inflation, les derniers chiffres ont légèrement modifié le scénario d'Ecofi.
L’augmentation des droits de douane ne s’est pas encore totalement transférée dans l’inflation et Ecofi anticipe désormais une « bosse d’inflation » un peu moins haute mais plus étalée dans le temps (voir ici). Elle continue donc de penser qu’une nouvelle baisse de taux en décembre n’est pas actée. Est-ce à dire que les baisses sont terminées ?
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Par Florent Wabont, Economiste chez Ecofi
