Alors que la mondialisation recule et que les tensions géopolitiques redessinent l’ordre mondial, l’Europe est contrainte de repenser sa dépendance vis‑à‑vis des autres Etats en matière de sécurité, d’énergie et d’infrastructures numériques. La volonté de réduire ces dépendances façonne désormais les priorités politiques et, très probablement, les tendances d’investissement de long terme.
Le monde se démondialise et devient plus fragmenté sur le plan géopolitique. Les États‑Unis poursuivent leur propre version de l’autonomie stratégique à travers une politique « America First », menaçant de quitter l’OTAN et utilisant les droits de douane comme une arme pour reconstruire l’industrie domestique. De l’autre côté du Pacifique, la Chine cherche à s’imposer dans certains secteurs clés, des véhicules électriques aux panneaux solaires en passant par l’intelligence artificielle, avec pour objectif de rendre le monde dépendant des chaînes d’approvisionnement chinoises tout en réduisant sa propre dépendance aux autres.
Certes, cette tendance n’a pas commencé cette année, ni avec le président Donald Trump. Elle se construit depuis plus de deux décennies, alors que l’ascension de la Chine a remodelé le commerce mondial après son entrée à l’Organisation mondiale du commerce, tandis que les États‑Unis et l’Europe voyaient leur domination relative décliner à la suite de la guerre en Irak et de la crise financière mondiale. Le commerce mondial a atteint un pic en 2008. Depuis lors, l’hypothèse selon laquelle la mondialisation s’approfondirait indéfiniment s’est progressivement affaiblie.
Si chaque grande puissance cherche à gagner en indépendance, les goulets d’étranglement des chaînes d’approvisionnement mondiales rendent une autonomie totale impossible. La dernière escalade impliquant l’Iran, ainsi que les perturbations dans le détroit d’Ormuz, montrent que, même lorsque les pays réduisent certaines dépendances, l’exposition à un nombre limité de routes critiques reste inévitable.
En fin de compte, la puissance sur la scène internationale se définit par deux éléments : la puissance économique et la puissance militaire. Les États‑Unis et la Chine disposent des deux. La Russie demeure avant tout une puissance militaire et, si l’Europe est un poids lourd économique, elle ne dispose pas du même degré d’autonomie militaire et ne contrôle ni les flux énergétiques clés, ni les infrastructures numériques critiques.
Par conséquent, si l’Europe veut éviter d’être prise en étau entre Washington et Pékin, le continent doit réduire ses dépendances dans les domaines où il est le plus exposé : la défense, l’énergie et la technologie.
« Pour ne pas se laisser enfermer entre Washington et Pékin, l’Europe doit impérativement diminuer ses dépendances dans les secteurs où son exposition demeure la plus élevée : la défense, l’énergie et les technologies. » - Ralph Wessels – Stratégie d'investissement
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