Dix ans après le Brexit, quel bilan économique peut-on dresser pour le Royaume-Uni ?
David Blanc, Associé - Partner chez Officium AM Le bilan apparaît aujourd'hui contrasté mais globalement moins favorable que ce qu'espéraient les partisans du Leave.
Sur le plan politique, le Royaume-Uni a retrouvé sa pleine souveraineté réglementaire, commerciale et migratoire. Mais sur le plan économique, la plupart des études soulignent une croissance plus faible que celle qui aurait probablement prévalu en restant dans l'Union européenne. Par exemple, l’institut officiel du « National Bureau of Economic Research » estime que le Brexit a réduit le PIB par habitant de 6 à 8%, les investissements étrangers de 12 à 18%, le taux d’emploi et la productivité de l’ordre de 3 à 4%
Les échanges commerciaux avec l'Europe se sont complexifiés, notamment pour les PME et les exportateurs. Dix ans après, de nombreuses entreprises continuent de s'adapter aux nouvelles formalités douanières et réglementaires. Les investissements étrangers ont également été affectés, certains groupes ayant privilégié des implantations dans l'Union européenne afin de conserver un accès direct au marché unique.
Dans le même temps, le Brexit a contribué à une redistribution des flux financiers en Europe. Londres a perdu plusieurs avantages compétitifs, notamment le passeport financier européen, tandis que Paris a renforcé sa position de grande place financière continentale.
Le Royaume-Uni reste une économie majeure, innovante et attractive dans plusieurs secteurs, mais le consensus économique tend aujourd'hui à considérer que le Brexit a constitué un frein plutôt qu'un accélérateur de croissance.
2. Comment les marchés financiers ont-ils réévalué le Royaume-Uni depuis le Brexit ? La décote des actifs britanniques est-elle toujours justifiée ?
Les marchés ont progressivement intégré le Brexit comme une nouvelle réalité plutôt qu'un risque événementiel.
Dans les années qui ont suivi le référendum, la livre sterling s'est fortement dépréciée et les actifs britanniques ont subi une décote liée aux incertitudes économiques et politiques. Cette décote existe encore partiellement aujourd'hui, notamment sur certaines valeurs domestiques exposées à la consommation britannique.
Cependant, la situation est plus nuancée. Les grandes sociétés du FTSE 100 réalisent l'essentiel de leurs revenus à l'international et ont souvent bien résisté. Certains investisseurs considèrent même désormais le marché britannique comme l'un des moins chers parmi les grands marchés développés.
En revanche, le Brexit a incontestablement modifié la géographie de la finance européenne. Par exemple, plusieurs banques internationales d’origine américaine ont renforcé leurs équipes à Paris, Francfort ou Dublin afin de conserver un accès optimal au marché européen.
Pour les investisseurs, la question n'est donc plus de savoir si le Brexit constitue un risque, mais si la décote britannique reflète encore des handicaps structurels ou offre aujourd'hui une opportunité de valorisation.
Par David Blanc, Associé - Partner chez Officium AM.
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